Intelligence artificielle : « La maîtrise de la langue maternelle apparaît comme la mère de toutes les compétences »
Pour garder la maîtrise et tirer le maximum des modèles de langage (LLM) il est nécessaire de développer ses compétences linguistiques, pour les experts du projet Voltaire.
Par Sarah Nafti - Le 20 mai 2026.
« Le cœur de l'IA est linguistique », constatent les experts du Projet Voltaire dans le manifeste « Maîtriser le langage pour maîtriser l'intelligence artificielle ». Ainsi, certaines compétences langagières deviennent indispensables à la maîtrise de l'IA. Il s'agit d'abord de développer « l'art du prompt » en apprenant à « formuler, contextualiser, structurer ». Les modèles de langage (LLM) n'apportent de réponses pertinentes « que si l'utilisateur maîtrise suffisamment le langage pour lui donner la forme d'un raisonnement ». Exploiter le potentiel de l'IA nécessite des compétences linguistiques (lexicales, de syntaxe), des compétences en pragmatique du langage « pour mieux verbaliser les éléments qui permettent de s'adapter au contexte réel de la demande », mais aussi « des compétences en rhétorique pour structurer et exprimer ses idées ».
Standardisation stylistique
Ensuite, il devient nécessaire « d'augmenter la valeur créée par l'IA » en sachant corriger et reformuler les réponses générées. Si les LLM produisent des textes fluides, ils sont aussi marqués par « une standardisation stylistique, qui, si elle n'est pas corrigée, peut appauvrir la pensée, diluer la responsabilité éditoriale et atténuer ses effets auprès des destinataires ». Il faut donc savoir repérer et modifier ce champ lexical standardisé, cette structure trop régulière avec des phrases longues ou encore la prudence excessive et l'optimisme constants produits par l'IA.
Identifier les biais structurels des LLM
Pour les experts du projet Voltaire, « comprendre, critiquer et corriger l'IA, ce n'est pas maîtriser un outil technique mais maîtriser son propre langage pour en obtenir le meilleur ». La littéracie est indispensable « pour identifier les biais structurels des LLM ». L'utilisateur doit également savoir confronter ses sources, introduire des données externes, ou encore croiser avec des sources expertes pour assurer une lecture critique des textes générés par l'IA.
Gains de productivité espérés
Enfin, il apparaît nécessaire de « continuer à penser par soi-même » afin de « préserver son langage intérieur ». Dans le monde professionnel le « délestage cognitif » peut engendrer « des risques opérationnels » et « obérer les gains de productivité espérés par l'usage de l'IA ». Et on s'interroge sur les effets à long terme de ce délestage sur les processus cognitifs des utilisateurs. « Lorsque la production linguistique est déléguée trop précocement, trop fréquemment ou trop longuement à une machine, ce n'est pas uniquement l'écriture qui est externalisée mais bien une majeure partie de l'activité réflexive ». Préserver un langage intérieur actif suppose donc des compétences spécifiques : réguler l'usage de l'IA comme outil d'appoint, préserver des phases de formulation personnelle, reformuler avec ses propres mots.
« La maîtrise de la langue maternelle apparaît comme la mère de toutes les compétences », concluent les experts du projet Voltaire. « Elle conditionne la capacité à piloter l'IA par une formulation rigoureuse, à comprendre et corriger ses productions par une lecture critique et à maintenir une autonomie cognitive grâce au langage intérieur ».


