L’Afest, au cœur d’une nouvelle stratégie d’acquisition des compétences ?

Les actions de formation en situation de travail (Afest) peuvent devenir un outil majeur d’acquisition des compétences, si leur modèle se professionnalise et si elle n’est pas réduite à la simple formation sur le tas.

Par - Le 18 mars 2020.

“L’Afest est un formidable outil pour transformer les personnes et les organisations : il faut s’emparer de cette modalité pédagogique reconnue par le législateur.” C’est par cet encouragement à faire que Bruno Lucas, délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle, a conclu la 17e Université d’hiver de la formation professionnelle de Centre Inffo.

Pour faciliter cette mobilisation, Carine Seiler, conseillère spéciale au Haut-Commissariat à la transformation des compétences, a annoncé la création d’ici moins d’un mois d’un groupe de travail sur les Afest, dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences (Pic).

Retour sur investissement

Les acteurs de la formation semblent convaincus. “L’Afest est une super opportunité pour les entreprises et notamment celles de moins de 11 salariés pour acquérir les compétences qui leur manquent”, a affirmé Catherine Bissey, de l’Opco EP, lors d’un débat de l’Université d’hiver. Ce n’est pas une modalité pédagogique comme les autres, et c’est vraiment un dispositif que l’entreprise peut développer elle-même. Elle offre une souplesse et une valorisation des savoir-faire internes beaucoup plus fortes. Le retour sur investissement ou sur attentes est plus efficace, car contextualisé à l’entreprise. Mais l’aide de tous les acteurs de la formation – Opco, prestataires de formation… – sera la bienvenue pour aider les entreprises à industrialiser le modèle. Sans cette industrialisation, ce sera un flop comme la VAE !”

“L’Afest est une vraie chance pour un public fâché avec l’aspect scolaire des apprentissages, a renchéri Laurent Duclos, DGEFP. Mais l’enjeu est de formaliser la démarche, et d’aller plus loin que de dire que former sur le lieu de travail, ou former sur le tas, est une des pratiques les plus vieilles du monde des entreprises. L’expérimentation commence pour tout le monde maintenant.”

Réflexion sur le geste

Formaliser la méthode ? C’est justement la question soulevée par Sandra Enlart, spécialiste des sciences de l’éducation, qui vient de livrer une étude sur l’Afest à la demande de Pôle emploi et du Haut-Commissariat. “La formule est parfaite pour la montée en compétences de salariés et pour la réinsertion professionnelle des demandeurs d’emploi, assure-t-elle. Mais il y a des principes de succès. Le bénéficiaire doit être volontaire pour être formé de cette manière ; le ciblage doit être la compétence et pas un métier ; la formule implique auto-évaluation et évaluation ; la formation doit intervenir dans une situation réelle de travail et non une simulation ; des distinctions claires doivent être assurées entre accompagnateur, évaluateur, juge et supérieur hiérarchique ; enfin, l’Afest implique un enchaînement de phases d’activité en réel et phases de réflexivité.” Et c’est la réflexivité sur ce qu’on vient de faire qui permet d’ancrer la compétence.

Travail de préparation

Olivia Berthelot, du cabinet Energia, a mené une Afest dans une entreprise de menuiserie en milieu rural. À ses yeux, l’Afest implique une dimension fondamentale : la possibilité d’être financée sur des fonds mutualisés d’Opco, ce qui implique des contrôles multiples. La publication du décret 2018-1341 du 28 décembre 2018 a fixé les modalités de mise en œuvre : “L’Afest nécessite, a expliqué Olivia Berthelot, le choix d’un formateur, tuteur ou maître d’apprentissage, une évaluation en cours de formation, une analyse de travail préalable, la construction d’une analyse réflexive. Cette phase de préparation est fondamentale.”

Aspect fondamental de ce travail de préparation : vérifier que l’ensemble des acteurs de l’entreprise (hiérarchies directe et supérieure, collègues, etc.) est prêt à s’engager dans l’Afest. “L’Afest questionne l’organisation interne, les formateurs internes, les hiérarchies. L’entreprise doit être prête”, a analysé Olivia Berthelot.

Frédéric Aubreton, du cabinet ProSapiens, a piloté une Afest dans le monde de l’hôtellerie-restauration auprès de demandeurs d’emploi en POEC (préparation opérationnelle à l’emploi collective). Selon lui, apprendre via une Afest repose sur un cycle : entraînement sur une activité de travail “didactisée”, analyse réflexive, explicitation, analyse de pratique, puis à nouveau entraînement, etc. “Ce cycle donne le mouvement et l’ossature de l’Afest.”

Avec des effets directs : montée en compétences de la personne, capitalisation d’un savoir. Et des effets indirects : monter en compétences du formateur, moment d’interrogation sur le travail, de ses conditions et de ses objectifs. Un sas d’entrée très direct et intéressant pour une GPEC, une révision des pratiques et des postes.

Les Pays de la Loire cofinancent l’Afest

“L’Afest repose fondamentalement sur l’implication de l’entreprise, a souligné Emmanuel Zarca, responsable de la politique formation en Région Pays de la Loire.
Elle peut en attendre un retour sur investissement très rapide et efficace. Mais tout a un coût ! La préparation de l’entreprise ou du service d’accueil, la professionnalisation des différents intervenants, etc. Ce qui justifie une aide financière à la prise en charge de l’Afest, décidée par la Région Pays de la Loire.”

 

Constructys référence des prestataires Afest

“Constructys a décidé de financer l’Afest,  a expliqué Catherine Betourne, directrice du développement de cet Opco, lors de l’UHFP.  Ce qui implique des exigences : l’entreprise doit recourir à un des 120 prestataires référencés  par l’Opco et produire un document formalisant la démarche pédagogique. Cette formalisation reste quand même un cadrage léger, définissant les compétences visées, la nature des preuves qui sont gardées par l’entreprise mais montrables si besoin… Nous envisageons  de co-organiser des POEC utilisant l’Afest  avec Pôle emploi.”

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