A un an de l’échéance, les prestataires de formation doivent s’engager dans la certification Qualiopi

Le compte à rebours a commencé. Au 1er janvier 2022, la certification Qualiopi conditionnera l’accès aux fonds publics et mutualisés. A un an de l’échéance, de nombreux prestataires de formation n’ont pas encore franchi le pas. Le rythme devrait donc s’accélérer. Loic Lebigre, consultant à Centre Inffo, décrypte les enjeux d’une nouvelle démarche qualité plus structurée et plus exigeante. Cette dernière fera l’objet d’une matinée d’actualité organisée par Centre Inffo le 21 janvier.

Par - Le 14 janvier 2021.

Porté par la réforme de 2018, l’acte 2 de la démarche qualité devrait se déployer à plein régime cette année.  Au 1er janvier 2022, les prestataires de formation, désireux d’intervenir sur le marché des fonds publics et mutualisés, devront détenir la certification Qualiopi. A un an de l’échéance, seuls 10 000 organismes de formation avaient obtenu ce sésame ou s’étaient engagés dans le process. Ce retard à l’allumage inquiète. « On peut craindre un goulot d’étranglement dans les derniers mois de 2021. Un risque accentué par les contraintes d’organisation des audits et des éventuels plans d’actions correctives », alerte Loïc Lebigre, consultant à Centre Inffo et expert en qualité de la formation.  L’enjeu est de taille pour les prestataires de formation. Sans Qualiopi, ils ne pourront plus se positionner sur les parcours financés par des fonds mutualisés et publics à un moment-clé du plan de relance dans lequel l’Etat investit plus de 15 milliards d’euros pour l’emploi et les compétences.

Un premier bilan en demi-teinte

La première vague de la nouvelle démarche qualité apporte d’ores et déjà des enseignements. « Sans surprise, l’engagement dans la certification Qualiopi émane d’organismes de formation déjà certifiés sur la liste du Cnefop ou engagés dans d’autres systèmes normatifs et, donc, familiers des conditions de l’audit », note Loïc Lebigre. Ces retours d’expérience pointent la nécessité de bien se préparer. En rupture avec l’approche déclarative de Datadock, le référentiel Qualiopi cherche à identifier les process existants mais aussi à évaluer leur mise en œuvre effective dans l’activité de formation. A défaut d’avoir analysé chaque indicateur au regard de son organisation et développé, si besoin, des axes d’amélioration, un prestataire prend le risque de recevoir de trop nombreuses non-conformités. Même les plus chevronnés doivent, parfois, revoir à la marge leur copie avant d’obtenir la certification. Certains, partis trop vite, doivent la reprendre depuis le début. La démarche ne s’improvise donc pas. Elle exige du temps en amont et mobilise des ressources. « En termes de maturité et d’engagement dans la qualité, on observe de fortes disparités entre les organismes de formation notamment pour les plus petits d’entre eux », précise Loïc Lebigre.

Un besoin de transparence

Si le marché de la certification s’est structuré, il souffre d’un manque de lisibilité. Seuls les 25 certificateurs accrédités par le Cofrac sont aujourd’hui habilités à délivrer Qualiopi. Ce système garantit leur professionnalisme et l’harmonisation de leurs pratiques. Malgré cet encadrement strict, beaucoup d’organismes de formation ont du mal à se repérer et à choisir parmi ces certificateurs. « Nous avons mené une enquête afin de recenser leur positionnement, leur offre de service et leur tarification », déclare Loïc Lebigre. Estimée entre 850 et 1150 euros, la journée d’audit n’est pas le seul élément du devis. Des frais supplémentaires liés aux déplacements ou à la réservation d’une date peuvent intervenir. Certains certificateurs proposent des redevances annuelles, d’autres des audits blancs, des pré-visites ou encore des plateformes digitales pour le dépôt des éléments de preuve. Le profil des auditeurs — indépendants ou salariés –, compte également beaucoup. La plupart d’entre eux ont été formés par le certificateur mais leur expérience du secteur varie. Les organismes de formation craignent de ne pas maîtriser les coûts de la certification et ressentent le besoin d’être accompagnés tout au long du process qui mène à l’audit. Ce marché de l’accompagnement s’est fortement développé autour d’une offre foisonnante et disparate.

L’impact de la crise

On le comprend, Qualiopi bouscule donc les habitudes du secteur en matière de qualité. Les conséquences de la pandémie ont fortement mobilisé les organismes de formation sur d’autres priorités. Conscient de ces enjeux, le gouvernement a reculé d’un an l’échéance de l’obligation, à l’origine fixée au 1er janvier 2021, et autorisé la réalisation de l’audit initial à distance. Sur le fond, la crise n’a pas modifié l’esprit et l’orientation de la démarche qualité voulue par la réforme de 2018. Toutefois, elle a mis en lumière l’importance de la digitalisation de l’offre. Cette transformation, devenue aussi incontournable qu’urgente, prend désormais une nouvelle dimension dans la certification. « L’enjeu de la digitalisation est déjà dans le référentiel à travers une douzaine d’indicateurs qu’il faut désormais lire différemment. C’est le cas par exemple des compétences des formateurs en matière d’animation d’une session à distance », explique Loïc Lebigre. Sans remettre en question le référentiel, le ministère du Travail envisage une nouvelle version du guide de lecture afin de préciser les attendus. Mais de toute façon, la question de la digitalisation dépasse largement la contrainte administrative. Elle répond à un besoin fort du marché et s’impose désormais dans l’agenda des organismes de formation. La démarche qualité l’accompagne et prend ainsi tout son sens.

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