2024 : le tournant de la régulation pour le CPF
En 2024, le compte personnel de formation (CPF) a traversé une période de transformation structurelle marquée par des mesures de restriction budgétaire et des évolutions réglementaires destinées à mieux piloter les dépenses publiques. Les données de la Dares soulignent l'impact immédiat des réformes introduites en cours d'année, notamment sur le profil des formations financées.
Par François Boltz - Le 15 juillet 2026.
Alors que le CPF demeure le pilier central de l'accès à la montée en compétences pour les actifs, les données de la Dares révèlent comment le déploiement d'une participation financière obligatoire et la fin de l'élargissement massif au financement des permis ont transformé la consommation réelle des droits.
Le volume d'activité sur l'année 2024 se caractérise par une croissance contenue des engagements financiers, qui progressent de 6 % par rapport à 2023. Cette dynamique globale s'appuie sur la validation de 1,8 million de dossiers de formation, marquant une hausse de 4 % du nombre de projets validés. Toutefois, cette lecture masque une rupture de tendance : avant le 2 mai 2024, date d'entrée en vigueur de la participation financière obligatoire (PFO) de 100 euros pour les actifs occupés, le flux des dossiers restait soutenu. Dès l'application de cette mesure et la mise en œuvre de la régulation sur le financement des permis de conduire, les entrées en formation ont chuté. La Dares observe un recul de 14 % sur la période allant de juin à décembre 2024, comparé au second semestre 2023. Cette contraction souligne la sensibilité des usagers au reste à charge.
Utilité sociale pour les publics éloignés de l'emploi
L'analyse des domaines de compétences financés met en lumière une concentration des choix des utilisateurs. Le secteur du transport conserve sa place prédominante, cristallisant 45 % des réalisations de l'année. Ceci s'explique largement par le poids des formations au permis de conduire, dont le financement a été le moteur principal du volume des dossiers validés, avant d'être encadré. À l'opposé, le secteur de la bureautique et de l'informatique a subi une érosion continue de sa part de marché. Parallèlement, le CPF a confirmé son utilité sociale pour les publics éloignés de l'emploi, les personnes inscrites à France Travail représentant 34 % des dossiers validés au cours de l'année. Le coût moyen par dossier a également évolué, s'établissant à 1 310 euros en 2024, une progression de 1 % sur un an, signe d'une relative stabilité du prix moyen des prestations achetées malgré les variations de volume.
Les organismes de formation prestataires
La structure des organismes de formation prestataires montre une concentration significative des flux financiers. Les 10 % des organismes les plus importants en volume d'activité réalisent 75 % des montants engagés. Cette donnée traduit la structuration du marché autour de grands acteurs capables de répondre à la massification induite par le CPF.
Le dispositif s'est orienté sur les certifications professionnelles enregistrées au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et au Répertoire spécifique (RS), ces formations représentant 92 % des dossiers validés. L'année 2024 n'a donc pas seulement été celle de la restriction budgétaire, mais aussi celle d'une réorientation du dispositif vers des parcours certifiants. Les décisions prises par les pouvoirs publics en 2024 s'inscrivent dans une volonté de transformer le CPF en un levier d'investissement plus sélectif, tout en cherchant à limiter les dérives “consuméristes" observées au cours des exercices précédents, dans un contexte de forte tension sur les finances publiques.


