Apprentissage : un marché qui résiste aux coups de rabot budgétaires

Publiée récemment, la dernière étude de la Dares sur l'apprentissage confirme une légère hausse des entrées en 2024. À rebours d'un discours alarmiste sur l'essoufflement du modèle, la dynamique se maintient et profite davantage formations du secondaire et aux certifications à finalité professionnelle. Un signal scruté de près alors que le budget de l'Etat pour 2026 cristallise les tensions.

Par - Le 05 février 2026.

À l'heure où le coût de l'apprentissage pour les finances publiques est de plus en plus questionné et où certains CFA alertent sur la fragilisation de leur modèle économique (voir notre article), les chiffres livrés par la Dares viennent nuancer le diagnostic. Malgré les restrictions successives sur les aides à l'embauche et la baisse des niveaux de prise en charge, le marché ne décroche pas : 889 400 nouveaux contrats ont débuté en 2024, soit une progression de 4 % sur un an.

Certes, la croissance reste sans commune mesure avec l'envolée observée entre 2019 et 2022, dans le sillage de la réforme de 2018 et du « quoiqu'il en coûte » post-covid. Mais le système continue de démontrer une capacité d'adaptation. La fin progressive de certaines aides et les ajustements financiers ciblés – notamment pour les formations du supérieur à partir de l'été 2024 – n'ont pas provoqué de repli massif des entrées. À la fin de l'année, plus d'un million de contrats étaient encore en cours, signe d'un socle désormais solidement installé.

Une recomposition assumée du modèle

L'évolution la plus marquante tient à la structure même des contrats. Pour la première fois depuis plusieurs années, la progression est plus forte dans l'enseignement secondaire (+6 %) que dans le supérieur (+3 %). Le secondaire représente désormais 39 % des nouveaux contrats, en légère hausse, porté notamment par le dynamisme des formations de niveau bac et CAP. Autre tendance structurante : la montée en puissance des titres à finalité professionnelle. Ces certifications représentent désormais 34 % des contrats signés en 2024, contre seulement 6 % en 2018. Surtout, elles concentrent l'essentiel de la croissance observée cette année, avec une progression de 11 %, quand les formations diplômantes progressent à peine. Plus courts, plus directement arrimés aux besoins opérationnels des entreprises, ces parcours répondent à une logique d'employabilité immédiate que les pouvoirs publics cherchent précisément à encourager. Le profil des apprentis évolue lui aussi. Les entrées progressent particulièrement chez les plus de 25 ans (+15 % chez les 26-29 ans, et même +39 % chez les plus de 30 ans), signe que l'apprentissage s'impose de plus en plus comme un outil de reconversion et de sécurisation des parcours, au-delà de la seule formation initiale.

Le retour des plus petites entreprises

Dans les entreprises, la demande reste soutenue, notamment dans le tertiaire, qui concentre trois contrats sur quatre. Mais un signal retient particulièrement l'attention : le retour des très petites entreprises sur le marché. Les structures de moins de 10 salariés enregistrent une hausse de 6 % des embauches d'apprentis, après un recul l'année précédente, et représentent désormais 44 % des contrats signés. Un indicateur précieux dans un contexte de resserrement budgétaire, tant ces employeurs sont traditionnellement les plus sensibles aux variations d'aides. Leur retour suggère que, malgré les ajustements financiers, l'apprentissage conserve en 2024 une dynamique propre, héritée de plusieurs années d'expansion.

Reste que l'équilibre demeure fragile. Si 2025 pourrait s'inscrire dans une phase de stabilisation, l'horizon 2026 s'annonce plus incertain. Outre un contexte économique dégradé, les nouveaux arbitrages budgétaires et une volonté politique de régulation plus affirmée pourraient peser sur l'apprentissage. Après l'ère de la massification, nous entrons sans doute dans celle de la sélection. Et c'est désormais sa capacité à démontrer sa valeur – économique, sociale et professionnelle – qui fera la différence.