Fin du “quoi qu'il en coûte" : quel avenir pour le modèle économique de l'apprentissage ?
Dans une note publiée récemment, le chercheur à l'OFCE Bruno Coquet analyse les effets de la fin progressive du soutien massif à l'apprentissage engagé depuis 2020. Si les dépenses publiques devraient reculer de 24,1 milliards d'euros en 2024 à 20,5 milliards en 2026, l'économiste alerte sur les risques d'une régulation « à vue ». Il plaide pour une stabilisation du système.
Par Catherine Trocquemé - Le 29 mai 2026.
Comment retirer progressivement la perfusion budgétaire sans fragiliser l'apprentissage ? Depuis 2020, la politique publique menée en faveur de l'alternance s'est inscrite dans une logique de “quoi qu'il en coûte", avec des aides massives ayant permis une explosion du nombre d'apprentis et une transformation rapide du paysage de la formation professionnelle. Mais le dérapage des dépenses publiques et la dégradation des comptes de l'État ont progressivement mis fin à cet âge d'or. Réduction des aides à l'embauche, baisse des niveaux de prise en charge …, les coups de rabot se multiplient, au risque de déstabiliser un écosystème devenu fortement dépendant de ces financements. À l'approche de l'élection présidentielle, la question d'un nouveau modèle économique de l'apprentissage pourrait donc s'imposer dans le débat public. L'analyse réalisée par l'économiste Bruno Coquet pour l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ouvre plusieurs chantiers décisifs pour l'avenir du système. La note passe en revue les effets concrets des mesures d'économies et leurs limites Elle interroge également le ciblage et les modalités des aides publiques, le financement durable de l'apprentissage et l'évolution des profils et des parcours des apprentis.
La dépense publique sous contrôle ?
Les chiffres le confirment : le système entre dans une phase de régulation budgétaire accélérée. Le coût global de l'apprentissage pour les finances publiques, qui a culminé à 24,1 milliards d'euros en 2024, devrait refluer à 22,2 milliards en 2025 puis à 20,5 milliards en 2026. Si les entrées en apprentissage ont accusé un repli, la dynamique est toujours là. En 2025 les entrées en apprentissage ont baissé pour la première fois depuis 2017 : 847 000 nouveaux contrats ont été signés, contre 891 000 en 2024 (-4,9 %), si bien que le nombre d'apprentis en cours de formation s'établit à 1,017 million fin 2025, soit une baisse de 33 000 en an (-3,1 %) Ce retournement vient essentiellement des embauches d'apprentis préparant un diplôme de l'enseignement supérieur (-7,7 %). L'économiste met en garde contre de nouvelles réductions budgétaires “indiscriminées" qui pourraient provoquer des effets durables sur l'offre de formation et l'équilibre du secteur. « …le gouvernement va désormais devoir être plus précis et prudent afin de ne pas perdre ce qui a été gagné à grands frais ».
Des aides et financements à repenser
Sur la question des aides, Bruno Coquet plaide pour une remise à plat plus cohérente du système actuel. L'économiste estime que les avantages socio-fiscaux accordés aux apprentis créent aujourd'hui des situations inéquitables avec les autres jeunes actifs ou étudiants, sans réel effet incitatif sur le choix de l'apprentissage. Il propose une réforme homogénéisant la rémunération du travail tout en intégrant dans la réflexion les bourses étudiantes, la prime d'activité ou encore l'assurance chômage. Concernant les aides à l'embauche, il juge nécessaire de retrouver des dispositifs plus lisibles et mieux ciblés selon le coût du travail.
Le chômage des apprentis en hausse
Pour Bruno Coquet, la future politique de l'apprentissage devra aussi retrouver un ciblage plus affirmé vers les jeunes les moins qualifiés et sortis précocement du système scolaire. L'économiste rappelle que c'est pour ces publics que l'apprentissage produit les effets les plus significatifs en matière d'insertion et de prévention du chômage. La note alerte également sur un effet indirect du développement massif de l'apprentissage : la hausse du coût de l'indemnisation chômage pour certains jeunes diplômés passés par l'alternance. Supportée par l'Unédic, cette dépense est passée de 321 millions d'euros en 2019 à 768 millions en 2023 et pourrait approcher le milliard d'euros en 2026. Un coût encore peu débattu qui, selon l'auteur, devrait désormais être pleinement intégré dans l'évaluation globale du modèle.


