Jean-Philippe Audrain, président de la Fnadir.
La baisse des dotations aux Régions fragilise un peu plus le modèle économique des CFA
Déjà confrontés à la baisse des financements des contrats d'apprentissage, les CFA voient arriver un nouveau coup de rabot budgétaire. Selon la Fédération nationale des directeurs de CFA (Fnadir), la réduction des dotations aux Régions pourrait accélérer les difficultés économiques des centres, au risque de provoquer des fermetures de formations et de fragiliser l'apprentissage dans les territoires.
Par Valérie Grasset-Morel - Le 09 juin 2026.
Les acteurs de l'apprentissage continuent de dénoncer les effets qu'ils jugent potentiellement dévastateurs de la division par quatre des dotations de l'État aux Régions destinées au financement de la filière (lire notre article du 2 juin 2026). Tous appellent désormais à un réexamen de cette décision budgétaire. Après Les Acteurs de la compétence et la Fédération nationale des directeurs de centres de formation d'apprentis (Fnadir), le réseau des Chambres de métiers et de l'artisanat (CMA France) monte à son tour au créneau.
“L'apprentissage subit aujourd'hui une double peine, déplore Joël Fourny, président de CMA France. Les CFA ont d'abord dû absorber la baisse des niveaux de prise en charge (NPEC) des contrats d'apprentissage, qui financent le fonctionnement des formations sans couvrir les investissements indispensables en équipements et en outils pédagogiques. Désormais, la réduction des dotations versées aux Régions, qui permettaient justement de financer ces investissements, vient aggraver encore davantage la situation."
Un constat partagé
Un constat largement partagé par l'ensemble des acteurs du secteur, qui pointent les conséquences de ce nouvel arbitrage budgétaire de Bercy : les premiers touchés sont les jeunes, les entreprises, les filières professionnelles, les territoires et les centres de formation eux-mêmes.
Réunie le 4 juin à l'occasion d'une journée d'information consacrée à la santé mentale des apprentis, mais aussi à celle, jugée “fortement dégradée", des équipes et des directions de CFA, la Fnadir a dressé un état des lieux préoccupant de la situation économique de ses adhérents. Selon une enquête menée en avril auprès de 220 répondants, les difficultés financières sont déjà largement engagées. En 2025, 41 % des CFA se trouvaient en situation déficitaire. Plus de la moitié (56 %) anticipent une nouvelle dégradation de leur situation en 2026, tandis que 17 % ont déjà engagé un plan social, ou envisagent de le faire.
Les CFA confrontés à un effet ciseau
“Les signaux de détresse se multiplient au sein des CFA du réseau", alerte Jean-Philippe Audrain, président de la Fnadir. Plus d'un tiers des établissements (36 %) disposent de moins de deux mois de trésorerie, et près d'un quart (24 %) de moins d'un mois. Certains se trouvent déjà dans “une situation de fragilité opérationnelle immédiate".
Les centres de formation sont confrontés à un effet ciseau particulièrement préoccupant, combinant une baisse des recettes et une hausse continue des charges. Une étude réalisée en mars avec le cabinet d'expertise-comptable Orcom fait apparaître une diminution d'environ 7 % des financements par apprenti, une réduction des ressources disponibles pour couvrir les dépenses courantes, ainsi qu'une progression des coûts comprise entre 2 % et 7 %, notamment en matière immobilière.
Conséquence directe : la marge moyenne des CFA est passée de 5 % à 1 % en un an. “Cet effet ciseau rend le modèle économique non soutenable", prévient Jean-Philippe Audrain, qui redoute “un décrochage irréversible d'une partie des CFA, en particulier ceux qui jouent un rôle territorial essentiel".
Perspectives inquiétantes
Les perspectives sont tout aussi inquiétantes. D'ores et déjà, 65 % des CFA envisagent de réduire leur offre de formation et 58 % anticipent la fermeture de certaines filières. “Cette situation risque de fragiliser davantage des secteurs déjà en tension et d'accentuer les pénuries de compétences", souligne le président de la Fnadir.
À court terme, le réseau attend les courriers que ne manqueront pas d'adresser les Conseils régionaux aux CFA afin de préciser les conséquences des nouvelles dotations prévues par l'arrêté du 28 mai 2026, qui abroge celui du 1er avril 2026. Ce dernier prévoyait déjà des enveloppes en forte baisse par rapport à 2025. “Entre le 1er avril et le 30 mai, les Régions se sont organisées sur les volets investissement et fonctionnement. Des engagements ont déjà été pris auprès de leurs partenaires", précise Jean-Philippe Audrain, soulignant l'incertitude créée par ce nouveau changement de cadre.
Au-delà du courrier adressé aux ministres concernés, le président de la Fnadir plaide désormais pour une mobilisation collective de l'ensemble des acteurs de l'apprentissage. Objectif : rappeler la nécessité de préserver un dispositif construit au fil des années et éviter, selon ses termes, de “détricoter un système patiemment mis en place".
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