Mardi 20 janvier, à Paris, table ronde Alternance organisée par JobIRL. De gauche à droite : Olivier Faron, responsable du pôle Compétences, Formation, Jeunesse du Medef ; Éric Garnier, haut-commissaire à l’enseignement et à la formation professionnels ; Hélène Senée, directrice projets RH, groupe Idex ; Thibaut Guilluy, directeur général France Travail ; Christelle Meslé-Génin, présidente-fondatrice, JobIRL.

L'alternance : un levier stratégique pour les entreprises (JobIRL)

Quel avenir pour l'alternance dans un contexte de réduction des aides publiques et de défis structurels ? Une table ronde organisée mardi 20 janvier par JobIRL a souligné la dimension stratégique de la troisième voie de formation.

Par - Le 23 janvier 2026.

Le haut-commissaire à l'enseignement et à la formation professionnels Éric Garnier le souligne en introduction, le recul de l'apprentissage ne doit pas masquer le succès de la réforme de 2018 qui a entrainé un triplement des contrats. Pour autant, le bilan globalement positif n'exclut pas des nuances : la multiplication des CFA - de 950 en 2018 à 3 700 en 2024 - génère des « saturations » locales, qui n'empêchent pas la persistance d'un certain décalage entre l'offre de formation et les besoins réels. Alors qu'une crise démographique s'installe, le haut-commissaire plaide pour davantage de collaboration territoriale au service d'une approche axée sur le ciblage des formations utiles, la sécurisation des parcours et la fidélisation des talents.

Facteur de démocratisation

Directeur général de France Travail, Thibaut Guilly voit dans l'alternance un puissant outil de réduction des inégalités sociales, à considérer comme un investissement de long terme. Jugeant « absurde » les critiques formulées à l'encontre du développement de l'apprentissage post-bac, il y voit au contraire un moteur de l'emploi des jeunes et un facteur de démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur : « si l'apprentissage est la voie royale vers l'emploi, elle doit l'être pour tous les niveaux de qualification. » Appelant à s'attaquer aux ruptures de parcours et rappelant l'échec massif en première année d'université, il plaide pour des réorientations rapides et un ancrage durable de l'alternance dans la culture RH. Il le souligne également, la complexité administrative constitue un obstacle majeur au recrutement d'apprentis par les TPE/PME.

Investissement formation

Du côté du Medef, c'est Olivier Faron, responsable du pôle Compétences, Formation, Jeunesse, qui s'alarme du « détricotage » des aides publiques pour demander davantage de stabilité et moins de « désinformation » sur le coût de l'apprentissage. Plaidant pour que « la compétence soit reconnue comptablement comme un investissement », il rappelle que les entreprises, qui concourent au financement de l'apprentissage à hauteur de 10 milliards, sont « ultra-convaincues » du bien-fondé de la modalité.

Pilier stratégique

Directrice projets RH du groupe Idex, Hélène Senée présente pour sa part l'alternance comme un « pilier stratégique sanctuarisé » pour le recrutement et la fidélisation dans son entreprise en croissance. Elle détaille une stratégie proactive reposant sur un sourcing sur-mesure réalisé en partenariat avec JobIRL et les Missions locales, un accompagnement RH constant et un tutorat de qualité pour intégrer et retenir les jeunes, avec un taux de rétention de 50 % (un jeune sur deux recruté en alternance reste dans l'entreprise à l'issue de son contrat).

Pour Christelle Meslé-Génin, présidente-fondatrice de JobIRL, il importe de rappeler que le ralentissement de l'alternance pénalise surtout les jeunes de milieux modestes sans réseaux, pour qui cela signifie souvent renoncer aux études supérieures. Si les participants s'accordent sur des progrès en termes d'image, la créatrice du programme Mon Alternance Sur Mesure (notre article) n'en appelle pas moins à améliorer l'orientation, pointant encore et toujours un déficit d'information et la saturation de certaines filières (marketing, communication, …) au détriment des filières industrielles. Elle le souligne en conclusion, le mentorat est une solution efficace et peu coûteuse – 1 000 € par accompagnement – pour garantir une insertion durable.