L'IA bouscule les compétences : le baromètre Cegos confirme une accélération sans précédent
L'édition 2026 du baromètre international « Transformations, Compétences et Learning » de Cegos révèle une bascule nette : l'intelligence artificielle et l'automatisation dominent désormais les préoccupations des DRH (directeurs des ressources humaines), tandis que les salariés expriment un risque croissant d'obsolescence de leurs compétences.
Par Eric Delon - Le 23 avril 2026.
À l'occasion de ses 100 ans, le groupe Cegos vient de publier l'édition 2026 de son baromètre international « Transformations, Compétences et Learning » réalisée auprès de plus de 5 500 salariés et 498 décideurs RH dans 11 pays. Le ton est donné d'emblée : 68 % des DRH interrogés placent l'intelligence artificielle et l'automatisation en tête des transformations qui impacteront les compétences dans les deux ans à venir (70 % en France). Loin devant la cybersécurité (41 %), les nouvelles formes d'organisation du travail (33 %) ou encore la transition écologique, reléguée en dernière position avec seulement 15 % des citations.
Irruption rapide et massive
Pour Grégory Gallic, directeur de projets sur mesure chez Cegos, ce constat traduit une réalité profonde. « L'IA générative a fait une irruption si rapide et massive dans nos vies qu'elle n'est pas un sujet parmi d'autres, mais très souvent le prisme à travers lequel les DRH lisent aujourd'hui l'avenir de leur organisation. » Une focalisation légitime, reconnaît-il, mais qui ne doit pas occulter les enjeux managériaux, sociétaux et environnementaux que les salariés continuent d'exprimer. La bascule est également visible dans les arbitrages RH face aux mutations des métiers. Les DRH misent désormais en priorité sur la montée en compétences des salariés en poste (65 % au global, 62 % en France), devant la mobilité interne vers d'autres métiers — en forte hausse à 57 % contre 47 % en 2024.
Inquiétude croissante des salariés
Du côté des salariés, l'inquiétude reste contenue mais progresse. Seuls 31 % craignent la disparition pure et simple de leur métier — un chiffre stable par rapport à 2024 —, tandis que 74 % anticipent une évolution significative de leur contenu de travail. Mais derrière ce relatif optimisme, un signal plus préoccupant émerge : 10 % des salariés déclarent déjà ne plus disposer des compétences nécessaires pour exercer leur métier correctement, et 16 % pressentent que cela pourrait arriver rapidement. Au total, près d'un salarié sur quatre ressent ou anticipe une forme d'obsolescence — contre 7 % en 2024. Les DRH, eux, estiment qu'à horizon trois ans, 23 % des emplois de leur organisation sont exposés à un risque d'obsolescence des compétences, soit quatre points de plus qu'en 2024. « L'enjeu est moins de faire face à une rupture brutale que d'éviter l'érosion progressive et structurelle des compétences », analyse Grégory Gallic. « Il leur faut désormais orchestrer des dispositifs de formation et de reconversion plus rapides, plus ciblés et continus. »
Freins bien identifiés
79 % des salariés ont déjà expérimenté l'IA générative à titre personnel (69 % en France), mais ils ne sont que 64 % à l'utiliser à des fins professionnelles (54 % en France). L'écart révèle des freins bien identifiés : restrictions des directions informatiques, enjeux de confidentialité, contraintes réglementaires liées au RGPD. La France accuse un retard d'environ dix points sur la moyenne internationale, tant sur l'usage personnel que professionnel — reflet d'une approche plus prudente et encadrée. « À l'heure où l'IA redéfinit les métiers et les attentes, il semble évident que la réponse ne se limite pas à la technologie, conclut Grégory Gallic. C'est la capacité des organisations à développer, entretenir et renouveler les compétences humaines qui conditionnera leur résilience dans les années à venir ».


