Joël Fourny, président de CMA France. © Shehan Hanwellage
Pour les artisans, CMA France demande l'instauration d'une formation “Passeport pour entreprendre" obligatoire
Alors que la création d'entreprises artisanales bat des records en France, les défaillances atteignent elles aussi des sommets. Face à cette fragilité, le réseau des Chambres de métiers et de l'artisanat (CMA) défend l'instauration d'une formation obligatoire à la gestion pour sécuriser les porteurs de projet et pérenniser les savoir-faire.
Par François Boltz - Le 01 juillet 2026.
CMA France demande aux pouvoirs publics l'instauration d'une formation “Passeport pour entreprendre" obligatoire, pour les artisans créateurs d'entreprise. Ce dispositif prendrait la forme d'une formation courte de trois jours, axée sur les compétences fondamentales. Il viserait la maîtrise des bases de la gestion, notamment le calcul du coût de revient, la fixation des prix, l'analyse financière à travers les comptes de résultat et la trésorerie, le choix du statut juridique, ainsi que l'évaluation du seuil de rentabilité et la compréhension des responsabilités et assurances professionnelles. Selon les mots de Joël Fourny, président de CMA France, mieux préparer les futurs entrepreneurs n'est pas une contrainte administrative de plus, c'est une garantie supplémentaire de réussite et un investissement collectif pour sauvegarder les emplois, les savoir-faire et la vitalité des territoires.
Un artisan sur quatre déclare manquer de connaissances en gestion d'entreprise
Selon le baromètre ISM-Maaf de décembre 2025, le secteur de l'artisanat a enregistré la création de près de 280 000 nouvelles structures sur l'année civile 2024 (en hausse de 11 % par rapport à 2023), ce qui représente un quart de l'ensemble des créations d'entreprises en France. Ce mouvement est porté par les micro-entreprises, à l'origine de 77 % de ces installations. Toutefois, en 2025, les défaillances d'entreprises dans l'artisanat et les commerces de proximité ont touché plus de 40 000 structures, marquant une hausse de 3 % par rapport à 2024.
Pour expliquer cette fragilité, les instances consulaires pointent un déficit majeur en matière de formation des dirigeants. Joël Fourny regrette que trop d'entrepreneurs se lancent sans suffisamment de préparation, ni étude de marché, s'exposant à des erreurs dès leurs premières démarches. Ce constat est partagé par les professionnels de terrain : en 2025, une étude de la Siagi (Société interprofessionnelle artisanale de garantie d'investissements) indiquait qu'un quart des entrepreneurs estiment manquer de connaissances en éducation financière et en gestion d'entreprise.
Le “parcours créateur", formateur mais facultatif
Selon CMA France, la racine du problème remonte en partie à 2020, date à laquelle l'État a supprimé le caractère obligatoire du stage préalable à l'installation (SPI). Depuis cette réforme, de nombreux porteurs de projet s'installent sans acquérir les compétences de pilotage indispensables. Si le geste technique est au cœur de l'activité artisanale, Joël Fourny rappelle qu'il ne suffit pas pour diriger une entreprise : la gestion et le pilotage exigent des compétences spécifiques complémentaires.
Pour pallier la disparition du SPI, les CMA ont déployé un “parcours créateur" structuré en trois modules, disponible en présentiel ou à distance. Mais son statut facultatif restreint fortement son efficacité : en 2025, seules 13 000 personnes ont choisi de suivre cette formation à la carte. Et c'est pourquoi CMA France demande à présent aux pouvoirs publics l'instauration d'une formation “Passeport pour entreprendre" obligatoire.


