Léonard Bocquet, docteur en économie. Il a soutenu sa thèse, « Essais sur la dynamique de réallocation des travailleurs », en décembre 2024 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (en lien avec la Paris School of Economics).
Reconversion professionnelle : miser sur les « métiers-ponts » pour franchir les gouffres de compétences
Dans un contexte de ruptures technologiques, une publication récente du Conseil d'analyse économique (CAE) propose de soutenir certains métiers mobilisant des compétences intermédiaires pour faciliter les transitions professionnelles.
Par Raphaëlle Pienne - Le 13 juin 2026.
A l'heure de changements technologiques majeurs, le processus de « destruction créatrice » bat son plein. Et, plus que jamais, celui-ci pose la question des politiques publiques susceptibles d'accompagner au mieux les transitions vers les métiers d'avenir. C'est à ce travail que s'est attelé le docteur en économie Léonard Bocquet, qui présente l'analyse issue de sa thèse primée en 2025 dans la dernière publication « Focus » du Conseil d'analyse économique (CAE).
Des métiers faiblement connectés
Comment mesurer les « frictions de compétences » empêchant un passage rapide et fluide depuis les métiers « en déclin » vers ceux « en expansion » ? En s'appuyant sur les outils issus du domaine mathématique de la théorie des réseaux, appliqués à la base Rome (Répertoire opérationnel des métiers et des emplois) de France Travail, l'auteur s'attache d'abord à objectiver le réseau des métiers français dans l'espace des compétences. Pour en tirer un constat sans surprise : sa « faible connectivité globale », chaque métier, sur quelques 500 observés, n'offrant en moyenne des passerelles que vers sept autres métiers. A cela s'ajoute une « organisation en silos », soit des métiers formant des « clusters » partageant des socles de compétences denses et étanches.
Des « métiers-ponts » pour faire le lien
Mais ce travail permet aussi d'observer l'existence de « métiers-ponts » jouant « un rôle de passerelle indispensable ». Ces professions, qui ne sont qu'une poignée, ont la particularité de mobiliser une combinaison de compétences techniques et sociales permettant « d'articuler des transitions autrement impossibles ». Les principaux métiers-ponts identifiés, dont 15 sont listés dans la publication du CAE, peuvent pour certains paraître étonnants. Ainsi, les professions de technicien en maintenance ou d'assistant commercial y côtoient celles d'animateur d'activités culturelles ou de gestionnaire d'établissement touristique.
Allier subventions et formation pour faciliter les transitions
L'analyse valide l'intérêt de ces métiers-ponts pour faciliter les transitions professionnelles, à l'échelle individuelle comme macroéconomique. Mais elle avertit aussi d'un risque « d'embouteillage » sur ces professions, qui pourraient se retrouver saturées. Pour « élargir le pont » le travail suggère de subventionner l'embauche sur ces métiers spécifiques, la dépense étant compensée par les économies réalisées sur les « coûts d'ajustements » engendrés par les transitions. Parallèlement, la formation, qui offre la possibilité de passer d'un secteur sinistré à un secteur porteur sans passer par un métier intermédiaire, ne doit pas être négligée. « En combinant le soutien aux métiers-ponts et les dispositifs de formation, l'Etat peut réduire la lenteur du marché et mieux accompagner les transformations technologiques », conclut l'auteur.


