Réguler la qualité de l'apprentissage pour sauver le dispositif

Comment sauver le soldat apprentissage ? Tel était l'objet d'un débat organisé le 8 avril à la Maison de la chimie à Paris, dans le cadre des Rencontres pour la réussite professionnelle des jeunes organisées par les Entreprises éducatives pour l'emploi.

Par - Le 13 avril 2026.

Finances exsangues, dépenses contraintes, choix de réduire le mécanisme incitatif… La loi de finances a porté un coup d'arrêt à la politique de soutien massif à l'apprentissage, et Stéphane Viry, député des Vosges, sans être « le porte-parole du Gouvernement », comprend la logique des efforts et fournir. Selon lui, « il n'y a pas péril en la demeure », car « le virage de l'apprentissage est réussi » avec un boom qui marque depuis dix ans un changement radical de perception envers un dispositif autrefois réservé aux « pas bons ».

C'est un fait, les résultat sont là : + 600 000 contrats entre 2017 et 2025, relève Matthieu Bax, vice-président de l'ANDRH. Tout le monde s'accorde à dire que l'apprentissage est un levier d'intérêt : outil de montée en compétences, d'insertion professionnelle et de transmission au sein des entreprises, terrain d'expérimentation pour les entreprises et les jeunes, « ancrage » dans la vie de l'entreprise… Plus de deux-tiers des apprentis en CAP trouvent un CDI dans les 18 mois suivant leur formation (contre un tiers hors de l'apprentissage) et pour les niveaux du CAP au BTS, le taux d'insertion grimpe à trois-quarts, selon Matthieu Bax qui cite des chiffres de France compétences.

Un dispositif gagnant-gagnant

Une enquête Odoxa, réalisée auprès de 2414 étudiants et jeunes actifs dont la moitié fait ou a fait une alternance, démontre que sur tous les aspects, l'apprentissage est gagnant : 75 % des alternants se sentent confiants dans leur capacité à trouver rapidement un emploi qui leur plaît après leurs études – 14 points de plus que les autres – ; 74 % des ex alternants ont reçu une proposition d'embauche – 25 points de plus – sans oublier l'acquisition d'un réseau professionnel et le soutien financier apporté pendant les études.

Pour Céline Bracq, directrice générale d'Odoxa qui présente ces résultats, l'apprentissage est « un amortisseur économique pendant les études, un accélérateur d'insertion à la sortie et une fabrique de compétences pour les entreprises ». Résistera-t-il aux vents contraires ? Dans certains secteurs comme les arts et la culture, l'alternance est aujourd'hui comprise comme une nécessaire professionnalisation, note Marie-Sandrine Cadudal, directrice de l'Institut d'études supérieures des arts (IESA), tout en permettant une démocratisation de l'accès à ces métiers.

Le gendarme et le voleur

 Mais l'apprentissage s'est en partie dévoyé, d'où la nécessaire tentation de réguler. Réserver les aides aux plus modestes ? aux plus petites entreprises ? La régulation par la qualité des formations est nécessaire, pour éviter les effets d'aubaine que l'on a connus.

C'est ainsi que Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire est rapporteur d'un projet de loi visant à réguler l'accès à l'enseignement supérieur. Le texte prévoit d'introduire, pour les établissements privés d'enseignement supérieur, une conditionnalité des aides financières en revoyant les critères de la certification Qualiopi et en renforçant le rôle du Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres). Enfin, le texte cherche à protéger les étudiants et apprentis des pratiques contractuelles abusives. Las ! Ce texte, qui devait être présenté au Sénat après les élections municipales, n'est toujours pas inscrit à l'agenda parlementaire…