Sylvain Toullec, biologiste de formation, a repris une exploitation arboricole.

Trois ans, cinq ans plus tard… que deviennent les stagiaires ?

Voici deux ans, trois ans, cinq ans ou plus, des stagiaires terminaient leur formation, financée par la Région Bretagne. Avec quelques années de recul, comment jugent-ils celle-ci ? Sont-ils satisfaits de leur réorientation professionnelle ? Ont-ils trouvé leurs marques et leur épanouissement dans leur nouveau métier ?

Par - Le 15 juillet 2026.

En 2019, Sylvain Toullec, un biologiste de formation qui travaille dans l'éducation à l'environnement, s'engage dans un brevet professionnel de responsable d'entreprise agricole (BPREA) au lycée Kernilien de Plouisy, près de Guingamp (Côtes-d'Armor). Co-financée par la Région Bretagne, la formation dure un an. Dans la foulée, il bénéficie aussi d'une formation complémentaire, “Paysan créatif", avant de s'installer en janvier 2022, sur le terrain qu'il avait déjà acquis à Plufur (entre Morlaix et Lannion) – une exploitation arboricole de deux hectares dont la certification “bio" est imminente.

La formation, estime-t-il aujourd'hui, “brassait divers aspects liés au pilotage d'entreprise : recrutement, accueil des salariés, montage prévisionnel économique, aspects techniques, statut juridique..." Outre les aspects techniques du métier, l'encadrement des enseignants a constitué un apport majeur : “On nous conseillait sur des questions pratiques : les charges sociales, les coûts du foncier, du matériel, la Mutualité sociale agricole, le comptable etc." Le fait de disposer déjà d'un terrain a également beaucoup compté, précise-t-il : “Certains ont trouvé cette formation moins pertinente ou n'ont pas réussi à s'impliquer suffisamment parce qu'ils se sont inscrits en se disant « on verra bien ». Or, plus le projet est mûr, plus la formation est pertinente. Sans cela, ce ne sont que des savoirs abstraits."

Une sécurisation du parcours en amont déterminante

Son avis rejoint celui de Stéphane Vienne. En 2017, âgé de 30 ans, désireux de s'orienter vers le métier d'animateur social, il passe une formation BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport) intégralement financée par la Région. “La formation m'a permis, à travers deux stages, l'un court et l'autre plus long, de découvrir des structures et des publics différents." Après un premier contrat d'un an au centre social de Guingamp en 2019 – suivi d'un intermède au Foyer de jeunes travailleurs – il y décroche un CDI. Une réorientation professionnelle qu'il avait solidement construite : “Avant la formation, j'avais fait des stages d'observation, notamment en Ehpad, grâce à Pôle emploi, ainsi que des enquêtes professionnelles, explique Stéphane. Cela a confirmé mon intérêt pour le développement de projets d'animation avec des objectifs sociaux."

Pour Sylvain comme pour Stéphane, la “sécurisation du parcours" en amont de la formation a été déterminante. Ce dernier, qui a désormais intégré les jurys de sélection des stagiaires pour la formation et d'examen, “certains n'ont pas assez creusé et voient bien le côté « fun » du métier d'animateur social mais pas la dimension sociale et la charge mentale que cela implique. Pour sécuriser les parcours, j'encourage à faire des stages d'observation auprès de plusieurs structures, pas une seule, pour se faire une idée."

Détermination hétérogènes

Elle aussi titulaire d'un BPREA obtenu au lycée Kernilien, en 2017, Annick Brient, à présent maraîchère bio à Bringolo (Côtes-d'Armor), se souvient que, lors de sa formation, les motifs et la détermination étaient hétérogènes parmi les stagiaires : “Un tiers avait un projet bien abouti et même un terr ain ; pour un autre tiers, qui était en cours de reconversion, certains disposaient parfois d'un lopin de terre et se disaient « pourquoi pas ? » ; le dernier tiers était plutôt dans une logique de découverte avec un projet vague. Sur la quinzaine d'élèves, nous ne sommes que quatre ou cinq à nous être installés dans le métier."

Lister les priorités pour être prêts

Alors que la rigueur budgétaire implique des dotations de l'État à la baisse, les personnels de la Région en charge de la formation vont devoir “lister les priorités pour être prêts", estime la vice-présidente chargée de la formation, Forough Dadkhah. Il pourrait alors s'avérer nécessaire d'évaluer l'efficacité des financements en matière de réorientation, d'insertion et de maintien durable dans le métier des bénéficiaires.

Or, la Région dispose d'informations à trois mois et douze mois pour mesurer l'insertion de stagiaires de la formation professionnelle continue, notamment grâce à l'enquête d'insertion qu'a menée le Gref Bretagne[ 1 ]Le Gref Bretagne (Carif-Oref) mène une série d'enquêtes sur les dispositifs Qualif Emploi et Prépa Clés, ainsi que sur les diplômes d'État du sanitaire et social (mêlant formations initiale et continue). Celle portant sur Qualif Emploi, lancée en avril 2024 sur les stagiaires sortants de l'année 2023, s'est achevée en mars 2025..

Mais au-delà, que deviennent les stagiaires ? Dans le cas des métiers agricoles, comme le résume Annick Brient, “le difficile accès au foncier et les coûts de l'installation questionnent sur la sécurisation du parcours, non seulement avant, mais aussi après la fin de la formation". C'est vraisemblablement le cas aussi des métiers du soin (aide-soignant, aide à domicile etc.), par leur pénibilité psychique et physique, les faibles rémunérations et les horaires discontinus.

Ces cas spécifiques illustrent à la fois la nécessité de “sécuriser le parcours" en amont de la formation (enquêtes personnelles, stages de découverte etc.), puis durant celle-ci (stages en entreprise, aide financière...) et celle d'un suivi dans la longue durée des anciens stagiaires. En Bretagne, comme dans les autres régions, un tel outil fait encore défaut.

 

Notes   [ + ]

1. Le Gref Bretagne (Carif-Oref) mène une série d'enquêtes sur les dispositifs Qualif Emploi et Prépa Clés, ainsi que sur les diplômes d'État du sanitaire et social (mêlant formations initiale et continue). Celle portant sur Qualif Emploi, lancée en avril 2024 sur les stagiaires sortants de l'année 2023, s'est achevée en mars 2025.