Yves Hinnekint président des Acteurs de la compétence élu le 17 avril 2026
Yves Hinnekint : « Les Acteurs de la compétence souhaitent devenir un acteur incontournable »
Élu à la présidence de la fédération Les Acteurs de la compétence pour un mandat de trois ans, Yves Hinnekint, qui en présidait la Commission Alternance & Enseignement supérieur, défend l'importance de la compétence pour relever les défis économiques, mais aussi sociaux, du pays. Entretien.
Par Christelle Destombes - Le 07 mai 2026.
Le Quotidien de la formation. Vous prenez la tête des Acteurs de la compétence dans un contexte délicat pour le secteur... Quels sont les défis que vous souhaitez relever ?
Yves Hinnekint. C'est effectivement un moment des plus complexe, voire anxiogène, pour la filière formation d'une manière générale. Mais dans une période de difficulté, il faut être prêt pour le rebond et donc, rester mobilisé, motivé… Je reste positif face à deux défis majeurs : remettre la compétence au cœur de tous les débats dans un système large – avec les branches, les organisations syndicales et patronales, les régions… – et être dans une perspective prospective. Aujourd'hui, on navigue à vue, dans un système instable, gouverné par la seule vision budgétaire, loin de la vision des « compétences-emploi-formation » nécessaires pour demain ou après-demain. Les cycles économiques et de transformation vont beaucoup plus vite que ceux que l'on a connus auparavant, avec les défis posés par l'Intelligence artificielle notamment. La raréfaction budgétaire n'a jamais été une solution prospective si l'on veut se maintenir dans les classements européens et internationaux.... L'enjeu principal est de redonner une vision claire en matière de formation, d'emploi et de compétence à notre pays et les Acteurs de la compétence souhaitent participer à cette réflexion.
QDF. L'année 2027 est une année d'élection présidentielle. Comment envisagez-vous de porter ce message ?
YH. Du côté des Acteurs de la compétence, nous travaillons à nos propositions sous forme d'esquisses de solution en matière de compétences et de formation. Le vrai sujet, c'est de nourrir le débat des très nombreux candidats qui se déclarent aujourd'hui à la présidentielle. Et puis d'alerter, de dire les impacts de l'instabilité du système. Prenons l'exemple de l'apprentissage : cela fait trois ans que l'on vit dans une mécanique des coups de rabots, qu'il s'agisse des primes ou des niveaux de prise en charge. L'absence de stabilité produit les effets que l'on voit aujourd'hui : une baisse de l'apprentissage qui, je l'espère, ne sera pas une chute drastique du nombre d'apprentis. On pourrait réfléchir pour réorienter ensemble la carte des formations de l'apprentissage : il y a des besoins énormes dans les métiers de la data, de la cybersécurité, de l'IA… et sans doute des formations en apprentissage qui, à court ou moyen terme, ne vont pas permettre d'insérer des jeunes !
Même topo sur le CPF qui a été vécu comme un droit à la formation individualisée, qui est aujourd'hui un droit capé. Pour être au rendez-vous économique en 2030-2035, cela ne suffira pas. Et il n'y a pas de rendez-vous économique sans formation et sans compétences. Donc oui, nous allons participer à nourrir les débats de nos futurs candidats à la présidentielle…
QDF. Au niveau interne, quelle continuité, quelles nouvelles idées préconisez-vous ?
YH. Nous sommes en fondu-enchaîné par rapport à l'ancienne présidence, les choses se font naturellement, et nous prenons les sujets d'actualité à bras-le-corps. Nos adhérents sont parfois en difficulté économique, il y a une période de concentration du marché, avec potentiellement une perte d'adhérents. Peut-être faut-il faire évoluer nos statuts et ouvrir pour que la filière formation s'y retrouve de manière un peu plus élargie ? Je pense aussi qu'il faut élargir les services de la fédération : accompagner, par exemple, les entreprises en difficulté. C'est une vraie demande et une vraie attente aujourd'hui. Il faut que nous continuions à professionnaliser les acteurs de la filière, à être force de propositions, à produire plus de matière première, quanti et quali… Avec le nouveau Conseil d'administration, nous restons dans cette démarche d'ouverture, pour mieux représenter la filière formation, élargir notre base pour peser dans le paysage, et devenir un acteur incontournable.


