Création d’un laboratoire dédié à l’intelligence artificielle et à ses effets sur le travail

En partenariat avec l’INRIA et l’institut d’innovation « Matrice », le ministère du Travail créé « Labor IA », un laboratoire de recherche et d’expérimentation sur l’intelligence artificielle et ses effets sur le travail, l’emploi, les compétences.

Par - Le 23 novembre 2021.

En visite vendredi 19 novembre au sein de l’institut de l’innovation « Matrice », la ministre du travail Elisabeth Borne a signé une convention avec Matrice et l’Inria – institut national de recherche en sciences et technologies du numérique – pour le lancement d’un nouveau laboratoire dédié à l’intelligence artificielle. « Labor IA », financé par le ministère du Travail pour cinq ans, vise à mieux connaître le rapport des entreprises à l’IA : Une enquête fera un état des lieux sur le déploiement et les impacts de l’IA. Puis, dans un an, le laboratoire déploiera des expérimentations concrètes sur différentes thématiques – conditions de travail, recrutement, évolution des compétences, dialogue social – afin d’en tirer des recommandations.

« L’IA est vecteur d’opportunités – de créativité, de productivité – mais aussi source d’inquiétudes sur l’emploi. Les algorithmes sont une boîte noire pour les utilisateurs, ils suscitent des questions d’éthique, modifient les manières de produire, de recruter, de manager, il faut baliser le sujet pour ne pas en découvrir les conséquences à postériori », explique Elisabeth Borne. « L’IA n’est plus seulement un sujet technologique, elle est devenue un enjeu d’organisation du travail, implique une nouvelle approche sur ce qui relève de l’humain et de la machine », ajoute François-Xavier Petit, directeur général de Matrice. « Pour maîtriser l’impact de l’IA sur les conditions de travail, il faut penser les conditions d’une IA responsable dès son implémentation dans l’organisation du travail », complète Bruno Sportisse, PDG d’Inria.

Algorithmes, éthique et management

Les participants à la table-ronde ont évoqué la question des créations/destructions d’emplois liées à l’IA, se voulant rassurant sur le fait que l’automatisation de certaines tâches conduisait non pas à détruire des emplois mais à en « réduire la pénibilité et à renforcer la valeur ajoutée de l’humain ». Ils ont explicité les principes de conception et de fonctionnement des algorithmes, par un « modèle de probabilités », évoqué les biais de modélisation – « lorsque les résultats s’éloignent de ce qui était attendu ». Ils ont soulevé également des « questions d’éthique » – lorsque des salariés dialoguent avec un robot, voire sont managés par un algorithme, comme c’est le cas dans certaines plateformes de mobilité, ce qui pose de nombreux problèmes. Parmi les retombées positives, l’utilisation par pôle emploi de l’algorithme « la bonne boîte », qui conseille à chaque demandeur d’emploi des entreprises où proposer une candidature spontanée, aurait, selon une étude auprès de 175 000 usagers, aidé « les plus défavorisés ».

l’institut d’innovation « Matrice »

L’institut Matrice, que la ministre a visité, et qui va porter avec l’Inria le programme « Labor IA », regroupe déjà un « centre de formation et de reconversion aux métiers du numérique et de l’entrepreuneuriat » ; un « incubateur » de jeunes start-ups dans tous les domaines ; et un « laboratoire d’innovation ». Parmi les start-up accompagnées, l’une d’elle a créé une solution logicielle pour faciliter le recrutement par cooptation en s’appuyant sur le réseau de chaque collaborateur. Une autre a créé un outil de traçabilité alimentaire sur la filière viande pour informer le consommateur au moyen d’un QR code. Quant au labo d’innovation, il travaille par exemple pour l’Assemblée nationale pour améliorer la gestion du processus des amendements, grâce à un outil de correction et de rédaction qui embarque de l’automatisation. Cette dimension « écosystème », regroupant formation, innovation et création d’entreprise, a pesé dans le choix de confier à Matrice le portage du laboratoire.

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