« Vers 1 million de bénéficiaires d’un CEP optimisé? » (Mathias Dufour)

Par Mathias Dufour, président du cercle de réflexion et action lab indépendant #Leplusimportant.

Par - Le 03 juin 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.

 

La tribune de Mathias Dufour :

Nous proposons d’optimiser le conseil en évolution professionnelle (CEP) et en faire bénéficier 1 million d’actifs par an pour faciliter les parcours vers les métiers de la transition écologique et numérique.

Pourquoi cette proposition ?

La coexistence d’un chômage de masse et de fortes pénuries de main-d’œuvre dans les emplois verts et numériques révèle en effet une grande inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences et les choix d’orientation des actifs.

Résorber cette inadéquation serait fortement gagnant-gagnant, pour les entreprises comme pour les actifs.

Une des clés pour y parvenir, c’est d’accompagner les actifs dans leur parcours professionnel, pour les conseiller notamment dans leurs choix d’évolution et de formations.

De fait, chaque année, 20% des actifs, soit près de 5 millions de personnes, changent d’emploi. Parmi eux, la moitié souhaiterait bénéficier de conseils. La demande est donc énorme, et mal couverte.

C’est pourquoi le conseil en évolution professionnelle, CEP, a été instauré en 2014 et enrichi en 2018. Il donne, gratuitement, le droit à chaque actif de faire le point sur sa situation et son projet professionnel.

Or les premiers bilans du CEP révèlent plusieurs difficultés. Une connaissance du dispositif par les actifs encore faible et une offre insuffisante, puisqu’au total il n’y a que 100.000 bénéficiaires par an, soit seulement 0,3% des actifs ! Enfin, un défaut de ciblage, le taux de recours étant deux fois plus faible chez les travailleurs peu qualifiés que chez les qualifiés, en particulier chez les séniors.

Faire du CEP un outil efficace à large échelle d’accompagnement des parcours des actifs est donc essentiel pour répondre au défi d’adaptation des compétences et d’orientation vers les métiers porteurs, notamment dans la transition écologique et numérique.

Concrètement, que faire ?

Pour réussir ce changement d’échelle, nous proposons d’agir sur 4 leviers : améliorer l’efficacité du CEP, développer le volume de l’offre, stimuler la demande et enfin améliorer son ciblage sur les publics prioritaires.

1) Nous proposons d’abord trois pistes d’action pour améliorer la pertinence et l’efficacité du CEP :

  • Mettre en place une coordination par territoire ou bassin d’emploi entre les opérateurs de CEP et les autres acteurs de l’emploi, comme les branches, les Opco, le service public de l’emploi, afin de mutualiser les moyens, d’assurer un maillage de proximité et d’améliorer leur connaissance du tissu économique et des opportunités d’emploi ;
  • Renforcer l’expertise des conseillers en évolution professionnelle sur les métiers du numérique et de la transition écologique ;
  • Mettre à jour régulièrement le cahier des charges du CEP afin de l’adapter aux retours d’expérience des usagers et mieux “coller” à leurs besoins.

2) Ensuite, il faut que les opérateurs soient incités à développer leur offre. Nous proposons donc de renforcer le budget alloué aux opérateurs pour mettre en œuvre le CEP afin de le rendre plus incitatif. De plus, comme les opérateurs actuels ne suffiront pas à eux seuls répondre aux besoins, nous proposons de mobiliser de nouveaux opérateurs de CEP, pour améliorer le maillage territorial et réduire les délais d’accès.

3) Moins d’un actif sur deux connaît le CEP aujourd’hui, alors que la demande d’accompagnement est forte et largement non couverte. Il y a donc matière à lancer une campagne de communication coordonnée vers les bénéficiaires potentiels, à l’échelle nationale et régionale, pour promouvoir le CEP, et par exemple à mieux le mettre en avant sur la plateforme MonCompteformation.

4) Le CEP est particulièrement pertinent pour les jeunes et pour les séniors, notamment pour aider ces derniers à construire une deuxième partie de carrière, ainsi que pour les 40% d’actifs peu qualifiés.

Nous proposons donc trois choses :

  1. demander au service public de l’emploi et aux entreprises d’orienter plus systématiquement ces publics vers le CEP
  2. compléter le CEP actuel par un service d’approfondissement de l’accompagnement
  3. permettre une prise en charge publique de cet approfondissement pour ces publics cibles, et pour les autres permettre de le financer via le CPF

Au final, nous proposons de démultiplier d’ici 5 ans le nombre de bénéficiaires du CEP, en passant de 100.000 à 1 million par an, salariés, indépendants ou demandeurs d’emploi.

Si ce chiffre peut paraître élevé, il ne représente que 3% des actifs, moins de 10% des actifs peu qualifiés et moins de 20% du nombre de travailleurs qui changent d’emploi chaque année.

C’est donc le niveau minimum d’ambition que nous devons nous fixer.

Le CEP est un service d’accompagnement essentiel pour aider les actifs à s’orienter vers des emplois de qualité et les entreprises à résorber les pénuries de main-d’œuvre.

Faisons de ce service public de proximité, gratuit, et au cœur des territoires, un levier efficace face aux transformations du travail et au grand défi des compétences de la transition écologique et numérique !

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