Bertrand Martinot, directeur du conseil en formation et développement des compétences chez S2H Consulting, économiste.

« Apprentissage : mettre l’accent sur ces grands « oubliés » que sont les jeunes en lycées professionnels » (Bertrand Martinot)

 Par Bertrand Martinot, directeur du conseil en formation et développement des compétences chez SIACI Saint-Honoré.

Par - Le 29 avril 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.


La tribune de Bertrand Martinot:

La réforme de la formation et de l’apprentissage de 2018 est d’une telle ampleur qu’il est prudent de bien réfléchir avant d’envisager une nouvelle réforme. A tout le moins, il est nécessaire que les différents acteurs (branches, entreprises, OPCO, organismes de formation) s’en approprient pleinement les mécanismes et les opportunités, ce qui est encore loin d’être le cas aujourd’hui.

Améliorations de la loi du 5 septembre 2018

Cela étant, un certain nombre de défauts apparaissent d’ores et déjà évidents et des améliorations pragmatiques peuvent être suggérées. Trois sujets paraissent tout particulièrement devoir et pouvoir être corrigés à court terme.

Trouver d’autres financements

Le premier est relatif à l’apprentissage. Comme il était prévisible, la réforme a fortement encouragé l’explosion de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, qui représente dorénavant bien plus que la moitié des nouvelles entrées. Si le développement de l’apprentissage sur ces niveaux est tout à fait louable en soi, il pose question à un double titre : d’une part sur la logique qui consiste à ce que ce soit la taxe d’apprentissage qui finance de plus en plus largement les universités et les grandes écoles. D’autres financements (étudiants, impôts, etc.) doivent pouvoir être trouvés. D’autre part, l’accent doit être mis aujourd’hui sur ces grands « oubliés » que sont les jeunes en lycées professionnels, dont l’orientation vers l’apprentissage reste toujours aussi minoritaire, avec des taux d’insertion en emploi toujours aussi bas.

Explosion incontrôlée du CPF

Le deuxième est relatif au CPF, qui connaît une explosion incontrôlée de ses dépenses, notamment au profit des certifications inscrites au registre spécifique, et un mécanisme de cofinancement avec les employeurs qui reste anecdotique. De ce point de vue, la capacité des entreprises à s’emparer des possibilités de cofinancement dans le cadre de leur dialogue social sur la gestion de l’emploi et des parcours professionnels (et de la caisse des dépôts à développer le système d’information pertinent) sera crucial. En outre, le financement massif de la préparation au permis de conduire via cet outil, qui absorbe une partie importante des ressources, pourrait également être interrogé.

Troisièmement, l’orientation et la transition professionnelle sont restés largement à l’écart de la réforme, malgré des financements dédiés au CEP. Entre un CEP méconnus et qui peine à produire des résultats et un dispositif « Transition collective » qui n’a pas trouvé son public et qui s’est enlisé dans les difficultés bureaucratiques, il est urgent de remettre ces sujets cruciaux sur le métier.

Poursuite des regroupements de branches

Enfin, on ne soulignera jamais assez à quel point la réforme donne davantage de responsabilités aux branches professionnelles, tant en matière de GPEC que de stratégie et de financement de la formation et de l’apprentissage. De ce point de vue, la poursuite des regroupements de branches en des entités ayant la masse critique « politique » et financière nécessaire est le complément indispensable d’une réforme réussie de la formation. Il est urgent de renouer avec ce chantier laissé en jachère depuis 2020.

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