Christian Viet, directeur associé chez Mensia Conseil.

Christian Viet, directeur associé chez Mensia conseil.

« Cinq enjeux autour de la transformation du système de formation professionnelle » (Christian Viet)

Par Christian Viet, directeur associé de Mensia conseil.

Par - Le 15 avril 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.

 

La tribune de Christian Viet :

 

Un bref focus sur cinq enjeux de transformation, parmi d’autres, illustrés par les métiers du grand âge confrontés à une crise majeure qui n’est pas que sanitaire.

 

Rendre le système formation accessible pour les TPE-PME, et donc pour leurs salariés

Le système formation est extrêmement complexe et il faut être expert pour s’y retrouver dans les financements, la réglementation, les dispositifs et critères d’éligibilité pour les entreprises et les bénéficiaires, la multitude des titres, diplômes et certifications, …

Dans ce maquis, les TPE-PME sont perdues malgré la volonté, régulièrement réaffirmée, de développer le conseil de proximité. Le but n’est pas de leur faire comprendre le système, mais d’apporter à chacune l’information et le conseil dont elle a besoin au moment où elle en a besoin. Cette mission, aujourd’hui confiée aux Opco, opérateurs des branches, est encore à développer, en lien avec d’autres acteurs dans une logique de mutualisation des ressources, pour construire une stratégie d’information et d’action à « la bonne maille » et efficace.

 

Renforcer l’orientation « amont » pour réussir l’entrée dans la vie professionnelle

Les réseaux d’accompagnement existent : Pôle emploi, Cap emploi, Missions locales, Apec, ATPro, avec en complément des dispositifs locaux spécifiques tels que PLIE, SIAE, Groupements de Créateurs, … Leur positionnement en termes de missions et de publics est clair sans qu’il soit utile de les « regrouper ». La pluralité des situations individuelles exige une pluralité de dispositifs et de compétences. Les évolutions doivent porter sur les modes d’accompagnement et la mise en synergie des dispositifs à l’échelle des territoires, plus que sur les structures.

La réforme de 2018 s’est centrée sur le conseil en « évolution professionnelle » qui sous-entend que le parcours professionnel est commencé. Le principal enjeu se situe aujourd’hui en amont, dans la préparation de l’entrée dans la vie professionnelle dès le collège et le lycée, dans l’articulation entre éducation et formation professionnelle initiale, entre écoles, CIO et missions locales pour anticiper, prévenir et accompagner les décrochages, éveiller l’envie de se projeter dans un métier et d’entreprendre sa vie personnelle et professionnelle. La réforme de 2018 a tenté d’élargir la compétence orientation des Régions vers la sphère de l’éducation, mais sans réel succès.

 

Repenser le système et les outils d’information sur les métiers et les formations

Les sites internet d’information sur les métiers et les formations sont pléthore : Orientation pour tous (Centre Inffo), Onisep, 1jeune1solution, Inserjeunes, Portail de l’alternance, Pôle emploi, Carif-Oref, branches, … Cette dispersion rend l’information illisible. Trouver une information sur les métiers du grand âge « qui donne envie » relève de l’exploit ! Cette dispersion est aussi coûteuse, et le développement d’outils attractifs de découverte des métiers (réalité virtuelle par exemple) ne pourra pas se faire sans mutualisation des moyens.

Il faut réinterroger le rôle et la dispersion des acteurs, la cohérence et l’efficacité des moyens mobilisés, les canaux et formats de communication pour atteindre les publics, rendre l’information facilement accessible, montrer la réalité des métiers et « donner « envie ».

 

Renforcer le portage Etat-collectivités et les compétences en ingénierie de projets au niveau territorial

Les politiques nationales ou territoriales d’insertion, d’emploi et de formation se heurtent trop souvent à la capacité des acteurs territoriaux à concevoir et animer des dispositifs emploi-formation partenariaux, ciblés, sur mesure et souples.

La difficulté rencontrée sur certains territoires pour construire ou faire vivre les Services publics de l’insertion et de l’emploi (79 territoires) ou des plates-formes des métiers du grand-âge (20 expérimentations) en est l’illustration. Trop souvent, chaque acteur joue sa partition, mesure sa contribution à l’aune de sa propre stratégie, et les positionnements individuels d’acteurs priment sur la communauté d’intérêt.

Je ne crois pas à l’intégration de tous les acteurs dans une même structure. La réponse passe par : un renforcement et un portage politique affirmé du couple Etat-Collectivité sur les territoires, fondés sur une vision commune, partagée avec les branches (vision par secteurs), des enjeux de développement économique et social du territoire, donc de développement de l’emploi et des compétences ; par l’alignement des opérateurs financés par l’Etat et les collectivités sur les orientations politiques définies au niveau territorial (Pôle emploi, Afpa, CCI, missions locales, …) ; et par le renforcement des compétences d’ingénierie et d’animation de projets territoriaux au sein de l’Etat déconcentré et des collectivités, ou au sein de structures telles que les Maisons de l’emploi ou MDEF dont l’Etat et les collectivités assurent conjointement la gouvernance.

 

Structurer la fonction d’Observation des emplois, des métiers et des qualifications

Tout « plan » engagé par l’Etat en faveur de l’emploi ou de la formation, commence par le constat de la nécessité de quantifier et qualifier les besoins en emplois et formations (cf. circulaire recrutement d’urgence grand âge). Les observatoires sont légion : OPMQ (135), Carif-Oref, … mais il est toujours aussi difficile de consolider, croiser et « faire parler » les données sur l’emploi et la formation. Là encore, le développement d’outils performants de gestion, de partage et de valorisation des données ne pourra pas se faire de manière dispersée.

Il faut réinterroger et articuler le rôle des acteurs : France compétences, Caisse des Dépôts, Centre Inffo, DARES, Opco (légitimes, en tant qu’opérateurs de compétences des branches, à intégrer les OPMQ et à porter la vision sectorielle), Carif-Oref (la vision territoriale), … pour concevoir une architecture et une gouvernance unifiées de la fonction d’Observation des emplois, des métiers et des qualifications.

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