Mathilde Nutarelli, chargée de recherches au Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET).

Mathilde Nutarelli, chargée de recherches au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET).

Crise sanitaire : quel impact sur les choix de formation et de réorientation ?

La crise sanitaire a-t-elle bouleversé les trajectoires professionnelles et les choix de formation ? Deux travaux de recherche, présentés à l’occasion d’une conférence du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du Cnam organisée le 29 mars, apportent un éclairage sur cette question.

Par - Le 01 avril 2022.

Evènement inédit par ses conséquences et son ampleur, la crise sanitaire a été un terrain d’investigation de choix pour les chercheurs. Dès 2020, ceux-ci ont essayé d’en appréhender les impacts sur les trajectoires des individus, les projets de formation et les réorientations éventuelles.

Enquête auprès des auditeurs du Cnam

Mathilde Nutarelli (CEET) et Thérèse Rebière (Lirsa / CEET-Cnam) présentaient ainsi à l’occasion de la conférence du CEET du 29 mars une analyse basée sur les réponses de 6 482 auditeurs du Cnam (stagiaires de la formation continue et alternants) à une enquête réalisée entre le 1er et le 2ème confinement. L’exercice, même s’il comporte des limites, tend à démontrer que la crise sanitaire a bien eu un impact. « Dans nos résultats, nous avons 27-28 % des répondants qui ont subi une période de chômage partiel pendant le 1er confinement et nous avons des résultats significatifs sur la volonté de changement professionnel [et] de formation », présente Thérèse Rebière.

Sur l’échantillon de l’ensemble des enquêtés 51 % disent vouloir revoir leurs projets professionnels en raison de la crise sanitaire. Un tiers d’entre eux déclarent également que la crise les amène à repenser leurs choix en matière de formation. Cet effet de la crise sur les choix de formation est en outre plus marquée chez les Franciliens, les indépendants et les personnes en emploi précaire ou au chômage. « Ce résultat peut nous faire penser que la formation serait vue comme une adaptation au marché du travail », analyse Mathilde Nutarelli.

Enquête auprès des trentenaires

Arnaud Dupray, chercheur au Céreq, a entrepris une démarche équivalente auprès des individus de la cohorte de l’enquête Génération 2010 aujourd’hui âgés en moyenne de 32 ans. Les premiers résultats de sa recherche, fondée sur une enquête par questionnaire de mi-avril à mi-juin 2021 (4 887 répondants) et sur une trentaine d’entretiens, montrent également que la crise a pu avoir un impact sur les projets de reconversion.  « Pour les réorientations professionnelles […] dont la crise est à l’origine ou en tout cas déclarée comme telle, on voit qu’on a davantage de souhaits de changement de secteur, de statut et de [lieu de vie] », décrit le chercheur.

Projets nés en raison de menaces pour l’emploi

Celui-ci complète : « on a des projets qui émergent pendant la crise et qui sont nés souvent en raison de menaces pour l’emploi, des positions précaires ou une dégradation des conditions de travail ». Ces résultats sont néanmoins à relativiser, car les principales motivations citées pour les projets liés à la crise restent de donner plus de sens à son travail, d’améliorer ses conditions d’emploi (rémunération, par exemple) ou ses conditions de travail et de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. L’enquête montre également que parmi les projets de réorientation professionnelle démarrés après le 1er mars 2020 seuls la moitié ont la crise sanitaire pour origine.

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