Cyril Parlant, avocat au cabinet Fidal, pôle économie de la connaissance.

« Des garfistes sur la réserve quant à l’efficacité de la réforme dans leurs pratiques professionnelles » (Cyril Parlant)

Par Cyril Parlant, administrateur du Garf (Groupement des acteurs et responsables formation), en charge de la commission juridique et éthique et avocat directeur associé du cabinet Fidal.

Par - Le 25 mars 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.


La tribune de Cyril Parlant:


Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi Avenir professionnel, les garfistes dans leur diversité restent réservés sur l’impact de la réforme, ils attendent surtout de la simplification, mais pas un nouveau « grand soir »  de la formation !

Ils ne sont que 38% à considérer que la réforme a favorisé l’accès à la formation et 39% le développement des compétences.

Habitués aux fonds mutualisés, les répondants considèrent que la réforme a asséché leurs ressources… alors l’idée de la formation comme investissement de performance n’est pas encore partagée dans toutes les entreprises.

Sur la mise en œuvre des dispositifs c’est sans surprise que le CPF est utilisé dans une perspective de co-construction de parcours professionnels, sous l’effet conjugué de la prise de conscience du fait que les individus doivent être acteurs de leur développement professionnel et par la diminution des financements. On constate une mobilisation significative du CPF pendant le temps de travail associé à des abondements individuels, mais aussi que la monétisation du CPF a permis une plus grande visibilité du dispositif.

Sur le CPF, les garfistes demandent une révision de l’appli CPF afin qu’elle devienne un véritable outil d’aide au choix du parcours de formation le plus adapté au besoin de l’utilisateur alors qu’elle apparait aujourd’hui plus comme un vecteur de médiation commerciale …

Sur l’ingénierie pédagogique, cœur de métier, il est intéressant de noter une appréciation plus favorable, sans doute liée à la nouvelle définition de l’action de formation et à la  reconnaissance de nouvelles modalités d’apprenance,  comme l’Afest ou la formation à distance.  C’est d’ailleurs dans l’ingénierie pédagogique que les garfistes considèrent que leur pratique professionnelle a le plus évolué mais ils entendent disposer de plus de marge de manœuvre sur ce que doit être (ou ne pas être) une action de développement des compétences. Ils font plus confiance aux professionnels qu’au législateur ou à l’administration pour définir un parcours pédagogique et ils proposent de valoriser les expériences apprenantes dans le cadre des entretiens professionnels et au titre de l’appréciation des parcours professionnels.  A cet égard, ils estiment que les formations financées par le CPF et réalisées sur le temps de travail devraient être prises en compte dans l’appréciation du bilan à 6 ans.

Plutôt que de « punir » les entreprises à travers l’abondement correctif, les garfistes proposent d’encourager les entreprises vertueuses par la possibilité de déduire de leur contribution légale, les dépenses  d’investissement formation qui  sont négociés dans le cadre d’un accord d’entreprise sur les parcours professionnels, le développement des compétences et l’employabilité.

Sur l’apprentissage, si le nouveau régime apparait plus lisible, les garfistes réclament un choc de simplification !

Sur leurs pratiques professionnelles, les répondants concernés se sentent plus reconnus et plus impliqués dans les projets stratégiques bien que leurs compétences ne soient pas davantage mises en valeur. Ils ne considèrent pas non plus que la réforme a modifié leur impact sur la politique RH de manière significative.

En synthèse, la limitation de l’accès aux fonds mutualisés a rendu les choses plus difficiles pour les Responsables du développement des compétences en entreprise, mais la réforme fait évoluer les pratiques professionnelles et l’idée que le développement des compétences est une donnée stratégique fait son chemin. A ce stade, les garfistes n’appellent pas de leur vœu une nouvelle réforme, mais au contraire plus de marge de manœuvre pour construire des parcours de développement des compétences innovants.

 

Cette tribune est synthèse de l’enquête 2021 du GARF sur la réforme de la formation professionnelle.

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