« La formation ne peut pas résoudre les problèmes d’emploi » (Synofdes)

La formation est le principal levier des politiques publiques de l’emploi, ce qui fait peser une certaine responsabilité sur les individus et les organismes de formation, relève le Synofdes qui a interrogé « l’introuvable relation emploi/formation » lors d’un webinaire jeudi 5 mai.

Par - Le 06 mai 2022.

Cédric Frétigné, professeur des universités en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université Paris Est Créteil, membre du comité scientifique du Plan d’investissement dans les compétences, a rappelé que « l’introuvable relation emploi/formation » est le titre d’un ouvrage collectif sous la direction de Lucie Tanguy paru en 1986, qui démontrait que penser la relation emploi/formation de manière directe et linéaire était une « erreur de jugement ».

Des résultats de recherche qui n’ont pas été pris en considération ! Selon Cédric Frétigné, depuis le Commissariat général au plan dans les années 1960, une croyance s’est installée autour d’un « jeu de correspondance entre des besoins en emploi et des formations pour s’adapter ». Depuis, les pouvoirs publics utilisent la formation comme un outil pour répondre aux besoins d’emploi. Un consensus paré de nombreuses vertus : elle serait à même d’accroître la productivité, d’adapter la main d’œuvre aux changements techniques, de remédier au chômage, voire de maintenir une forme de cohésion sociale…

Glissements sémantiques

Cette croyance se fonde elle-même sur deux glissements sémantiques : la confusion entre la formation et la qualification, la formation et l’expérience. La déqualification des sténodactylos avec l’arrivée des technologies numériques démonte le premier lien ; comme la reconnaissance de l’Afest par la loi de 2018 montre que ce qu’on acquiert en situation de travail est une source d’expertise hors formation formelle.

Une différence ontologique

L’inadéquation formation-emploi est pourtant souvent mobilisée, avec les accusations récurrentes envers le système éducatif qui ne formerait pas suffisamment les travailleurs qualifiés dont l’économie a besoin (« filières sans débouchés »), ou ne les doterait pas de l’expérience requise pour l’accès à l’emploi, d’où la multiplication des stages en entreprises…

Cédric Frétigné défend une autre vision : « par essence, formation et emploi se distinguent, insiste-t-il. Avec chacune, une temporalité, des logiques et des finalités différentes. » Mais il est plus facile pour les pouvoirs publics de jouer sur le levier formation, souligne le chercheur, plutôt que de saisir à bras-le-corps les problèmes liés à la qualité de l’emploi ou les salaires proposés (hôtellerie-restauration par ex.).

Réflexivité sur les pratiques professionnelles

Il estime par ailleurs que les formations techniques spécifiques, qui peuvent répondre à des besoins à court terme, n’équipent pas les apprenants des compétences nécessaires à une projection à plus long terme. Il s’agit donc pour lui de considérer la formation comme un élément qui contribue à la réflexivité sur les pratiques professionnelles et au développement professionnel.

De quoi nourrir la réflexion du Synofdes, qui défend dans son plaidoyer l’idée que la formation dépasse le seul objectif utilitariste. Le syndicat pourrait solliciter des chercheurs pour définir les impacts de la formation, voire suivre les trajectoires de cohortes d’apprenants à plus long terme.

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