Lors du débat organisé le 29 novembre 2022 par l’UODC.

L’afest, « souffle de fraîcheur sur l’ingénierie pédagogique » (UODC)

 L’afest (action de formation en situation de travail) fait souffler un vent de réalisme sur l’ingénierie pédagogique, s’est réjoui le chercheur Charles-Antoine Gagneur, lors d’un débat organisé le 29 novembre par l’UODC (Université ouverte des compétences). Il serait dommage de le faire retomber par un excès de formalisation, prévient-il.

Par - Le 05 décembre 2022.

Domaine réservé des spécialistes de la formation, l’expression du besoin de formation confine parfois à l’« inintelligible », tant elle est abstraite de la réalité du travail, estime Charles-Antoine Gagneur, chercheur associé à l’unité de recherche formation et apprentissages professionnels (UR FoAP) de Dijon. Mais avec l’action de formation en situation de travail (afest), « le besoin de formation devient davantage exprimable ». C’est l’un des nombreux atouts de l’afest signalés par Charles-Antoine Gagneur, invité le 29 novembre par l’Université ouverte des compétences (UODC) à débattre du sujet. Cette modalité (de travail bien fait plutôt que de formation) n’a rien de nouveau mais elle est dotée, depuis la loi avenir professionnel de 2018, d’un cadre juridique. Il en résulte, dans notre pays habitué à séparer le travail de la formation, un « souffle de réflexions » dont se réjouit le chercheur.

Parler du travail pour bien le faire

L’afest, c’est aussi un « droit au tâtonnement » pour le salarié en train d’apprendre un geste. Une situation « qui fait beaucoup de bien à certaines organisations » mais qui a aussi ses limites. Celle, pour l’apprenant en situation de tâtonnement, de se « décrédibiliser » aux yeux de ses collègues, en dépit du fait que le tuteur est « garant de la confidentialité des échanges ». Celle du risque encouru, par exemple s’il s’agit de « manier des matières radioactives », illustre Charles-Antoine Gagneur. Limite dans les termes choisis, enfin : si celui de « droit au tâtonnement » est acceptable en entreprise, celui de « droit à l’erreur » l’est beaucoup moins et déclenchera immanquablement « de longues discussions pour déterminer ce qu’est une erreur ».

Penser le travail

L’afest, c’est aussi et surtout une « activité langagière destinée à penser le travail ». Il cite le cas, qui fut l’objet de sa thèse en 2010, d’un village de viticulteurs luttant contre le mildiou sans recourir aux produits chimiques. « Ils ont organisé toutes sortes de discussions pour repérer le mildiou ; ces conversations permettaient de vérifier que l’autre avait compris ; il fallait trouver les mots pour désigner les choses qui n’étaient pas sous leurs yeux », raconte-il. De même, « l’afest réintroduit le langage pour parler du travail ».

L’excès de méthodologie des professionnels de l’éducation

Mais le chercheur redoute que ce souffle retombe. Pas tant parce que l’afest est désormais cadrée juridiquement (« le décret reconnaît la réflexivité, c’est déjà beaucoup »), ni parce que « l’entreprise est un espace normé ». Mais en raison de la propension des professionnels de l’éducation à un « excès de méthodologie ». Devant un parterre de ces professionnels dont lui-même fait partie, il met en garde contre « notre lourdeur introduite dans la fraîcheur de l’afest ». Contre un « excès d’utilitarisme », complète un participant au débat. Charles-Antoine Gagneur craint qu’« il arrive la même chose à l’afest qu’à la VAE ». Lui-même, reconnaît-il, a produit des dizaines de pages « inutilisables » sur la VAE des agriculteurs. Finalement, il a « arrêté de travailler sur l’afest pour se réjouir de voir ces milliers d’alternants » qui pratiquent sans le savoir la formation en situation de travail.

 

 

 

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