Philippe Dole (à droite) remet un rapport sur les tensions de recrutement au ministre du Travail Olivier Dussopt, le 8 novembre 2022.

11 leviers pour résorber les tensions de recrutement (rapport Dole)

Après 18 mois de travail et de réflexion avec les branches professionnelles, l'inspecteur général des affaires sociales Philippe Dole a remis son rapport « résoudre les tensions de recrutement » au ministre du Travail Olivier Dussopt, mardi 8 novembre. Il préconise notamment un dialogue social renforcé au sein des branches et une meilleure coordination avec les acteurs publics de l'emploi.

Par - Le 09 novembre 2022.

Au cœur de l'actualité de l'emploi depuis la sortie de la crise sanitaire, les difficultés structurelles de recrutement sont devenues un des enjeux forts du second quinquennat d'Emmanuel Macron. Au-delà d'un plan d'investissement public d'1,4 milliard d'euros lancé en 2021, l'approche devait marquer une rupture avec celle des politiques de l'emploi déployées jusqu'ici. C'est dans cet esprit, qu'en mars 2021, le ministère du Travail confie à l'inspecteur général des affaires sociales Philippe Dole une mission d'accompagnement de plusieurs branches professionnelles [ 1 ]Transports routiers, boulangerie et pâtisserie artisanale, boucherie, charcuterie de détail et traiteurs, métallurgie, conseil et numérique. particulièrement concernées par la pénurie de candidats. Le rapport remis le 8 novembre propose de créer les conditions d'une meilleure coordination entre les branches, les pouvoirs publics, les acteurs de l'emploi, de l'orientation, de l'éducation et de la formation. « Les entreprises et les branches professionnelles, accompagnées par l'Etat, ont un grand nombre de clés en main pour améliorer la qualité de l'emploi et le bien-être au travail, ce qui contribuera grandement à résoudre leurs difficultés de recrutement », déclare Olivier Dussopt, ministre du Travail.

L'implication des branches professionnelles

Le rapport insiste sur les leviers structurels dont disposent les branches pour améliorer l'attractivité des métiers. Leurs prérogatives renforcées par la réforme de 2018 ouvrent un large champ au dialogue social. Outre les rémunérations, les classifications et les conditions de travail, elles interviennent également en matière de certification et de la politique de financement de l'apprentissage. Sans leur engagement et celui des entreprises qu'elles représentent, il n'y aura pas de solutions durables aux tensions de recrutement. Au cours de la mission, des négociations au sein des branches ont ainsi été conduites. C'est le cas de la métallurgie qui a conclu une nouvelle convention collective intégrant la qualité de vie au travail, de la branche du conseil sur la distribution de valeur ou encore des transports sur les rémunérations et sur les garanties contractuelles et de prévoyance. D'autres, comme le bâtiment, n'ont pas réussi à aboutir.

La coordination avec les acteurs de l'emploi

Autre axe fort de la démarche préconisée par le rapport, nouer des relations plus étroites entre les différents acteurs de l'emploi, les services de l'Etat et les branches professionnelles afin d'optimiser les ressources mises à disposition par les pouvoirs publics. Autour de 6 chartes signées entre les organisations patronales et syndicales représentant les branches et les ministres concernés, des engagements de coopération ont été pris par les parties prenantes. C'est ainsi qu'à Pôle emploi le dépôt d'offres d'emploi et les mises en relation ont progressé de 26% entre 2019 et 2022 et les entrées en formation de 40%. Autre exemple, l'ANACT (agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail) a lancé une démarche d'accompagnement des secteurs des transports et du numérique, sur les questions d'aménagement des conditions et des temps de travail. Plus largement, l'Etat s'engage dans la mise en œuvre des actions prévues dans ces chartes et les inscrira dans le cadre du  plan de réduction des tensions de recrutements dont le deuxième volet vient d'être lancé par Olivier Dussopt le 14 octobre dernier.

 

11 recommandations concrètes

Le rapport de Philippe Dole propose 11 axes de travail identifiés lors de la mission et que l'on retrouve dans les chartes

  • Diffuser les travaux des observatoires de branches auprès des acteurs de l'emploi, de l'orientation, de la formation et de l'accompagnement
  • Consolider le dialogue entre les branches et les autorités compétences pour élaborer la politique d'orientation et de formation dans les territoires
  • Garantir une représentation territoriale des branches
  • Renforcer l'implication des branches dans l'élaboration des certifications professionnelles et dans la formation des enseignants
  • Déployer des protocoles opérationnels entre les branches et les acteurs du service de l'emploi
  • Promouvoir les métiers auprès des publics demandeurs d'emploi ou en reconversion
  • Prise en compte des leviers d'attractivité des métiers dans les négociations collectives
  • Optimiser l'instruction des certifications professionnelles
  • Promouvoir et garantir la qualité de l'alternance au sein des branches
  • Elaborer une programmation prévisionnelle des ressources consacrées à la formation des demandeurs d'emploi
  • Piloter et évaluer au sein des branches l'application de son cadre conventionnel

 

 

 

Notes   [ + ]

1. Transports routiers, boulangerie et pâtisserie artisanale, boucherie, charcuterie de détail et traiteurs, métallurgie, conseil et numérique.