Tensions de recrutement : ne pas miser seulement sur la formation (CAE)

Une note du conseil d’analyse économique (CAE) publiée le 14 mars fait le constat que la formation professionnelle ne peut suffire à faire baisser une situation de chômage structurelle. Aussi, le document émet-il des recommandations pour renforcer plutôt l’accompagnement au recrutement au bénéfice des petites entreprises.

Par - Le 16 mars 2022.

Cette dernière note d’analyse en date du CAE, « Le marché du travail français à l’épreuve de la crise sanitaire » s’ouvre par une bonne et une mauvaise nouvelle. Ses auteurs, François Fontaine [ 1 ]Ecole d’économie de Paris (PSE) et Université Paris 1‐Panthéon‐Sorbonne, membre du CAE. et Roland Rathelot [ 2 ]CREST, ENSAE, Institut polytechnique de Paris., y font l’analyse que le marché du travail français, malgré des disparités économiques et sectorielles, a retrouvé ses caractéristiques d’avant crise. Mais cette reprise marque aussi le retour à la normale des tensions de recrutement.

Impasse des politiques adéquationnistes

Alors que le taux de chômage reste élevé, les auteurs de la note récusent une approche seulement fondée sur des politiques d’appariement de l’offre et de la demande d’emploi. Ils s’appuient pour cela sur le calcul d’un indicateur de « mismatch », permettant de quantifier l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail. Or, selon celui-ci, la suppression totale des tensions par métiers et zones d’emplois si elle était possible ne permettrait au maximum que de faire baisser le taux de chômage de 8,1 à 6,9 % (soit – 1 point).

« La crise n’a pas fondamentalement accru les problèmes d’inadéquation entre offre et demande du marché du travail, qui sont globalement stable depuis une dizaine d’années et dont le niveau n’est pas extrêmement fort. […] On ne doit donc pas s’attendre à ce que les politiques publiques, parmi lesquelles la formation professionnelle des demandeurs d’emploi, aient un impact sur le taux de chômage agrégé [qui soit] extrêmement fort », explique Roland Rathelot à l’occasion d’une présentation à la presse. « Pour augmenter l’impact sur l’emploi, il faut concentrer la formation professionnelle sur les publics moins qualifiés et plus éloignés de l’emploi plutôt que de chercher à en accroître le volume », complète-t-il.

Organiser un marché de l’accompagnement pour les entreprises

Plutôt que de former davantage, les auteurs de la note préconisent d’informer d’avantage les entreprises. « Les recrutements sont lents et coûteux […] C’est d’autant plus difficile quand on est une petite ou moyenne entreprise n’ayant pas forcément un gros service de ressources humaines avec les compétences pour recruter facilement », décrit François Fontaine. La note préconise donc de développer l’aide au recrutement en direction de ces entreprises, grâce à « un système où [elles] pourraient solliciter l’aide de prestataires […] qui pourraient être présélectionnés par le service public de Pôle emploi et qu’elles choisiraient sur la base d’indicateurs publics », explique-t-il.

Autre recommandation des deux auteurs : rendre les compétences des demandeurs d’emploi plus visibles, notamment pour les moins qualifiés, grâce à des tests certifiés inspirés de ceux pratiqués par les grandes entreprises. « L’idée étant d’avoir une sorte de mutualisation de la prise en charge par le service public de l’emploi. Avec la contrepartie que le résultat du test devient, au même titre qu’un diplôme pour un diplômé, la propriété du demandeur d’emploi », expose Roland Rathelot.

Notes   [ + ]

1. Ecole d’économie de Paris (PSE) et Université Paris 1‐Panthéon‐Sorbonne, membre du CAE.
2. CREST, ENSAE, Institut polytechnique de Paris.

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