Concevoir une formation

Et si la clé d'un usage pertinent de l'intelligence artificielle en conception de formation se trouvait dans la maîtrise des fondamentaux pré-ChatGPT ? Pour vous lancer sans tout confier à l'IA, détour par la méthode d'Étienne Magnin, expert en neurosciences et numérique appliqués à la formation.

Par - Le 27 février 2026.

> Une méthode, cinq étapes

Qu'est-ce que concevoir une formation ? C'est pour Étienne Magnin « imaginer le parcours pédagogique et produire les supports nécessaires à l'animation. » Suivre les cinq étapes suivantes est la méthode de l'auteur : définir les objectifs pédagogiques, recueillir la matière, concevoir le scénario pédagogique, concevoir la maquette des supports, réaliser les supports. Le point de départ sera la définition du besoin de formation, relié à une cible, un contexte, des compétences et des contraintes (temps, budget, qualité, …). Les compétences à acquérir induisent les objectifs de formation, qui s'expriment en termes de capacité (savoir ou savoir-faire).

> Digital ? Avec modération

La consigne ne va pas plaire à tout le monde mais Étienne Magnin insiste, « le recours au digital ne devrait pas dépasser 40% du temps de la formation. » Pourquoi ? Parce que les écrans font obstacle à l'efficacité de l'apprentissage. En tête de liste des reproches, les caractéristiques intrinsèques des écrans (scintillement, contraste, …) qui réduisent de 25% les performances de lecture. Les habitués de la lecture sur tablette pourraient infirmer ou non le deuxième reproche : l'absence des marqueurs spatiaux propres à l'imprimé rendrait plus difficile la mémorisation. De même, le défilement du texte sur écran altèrerait la concentration par l'effacement partiel de « la mémoire de l'image de la page qu'on vient de lire. » Enfin, les fonctions d'enrichissement d'un support numérique (liens, audios, vidéo) peuvent se révéler contre-productives par la génération d'une surcharge cognitive.

> Connaissances et mémoire(s)

Pour comprendre comment « ce que nous apprenons se code et se rappelle selon des formats différents », Étienne Magnin s'intéresse au fonctionnement de la mémoire et des processus d'apprentissage. C'est d'abord l'occasion de distinguer les mémoires à court-terme, « volatile et temporaire », et de travail, qui vient « processer » la mémoire à court-terme. Les choses se compliquent avec l'apport des psychologues cognitivistes, qui opèrent une classification des connaissances, assimilées par l'auteur au concept de mémoire à long terme. Les connaissances/mémoires peuvent ainsi être explicites ou implicites, déclaratives ou procédurales, primaires ou secondaires. On l'aura compris, la maîtrise conceptuelle des connaissances/mémoires détermine la conception pédagogique.

 

LE MODÈLE SAMR
Étienne Magnin partage en conclusion un modèle créé par le chercheur Ruben Puentedura qui permet de situer le rôle du numérique en pédagogie. Baptisé SAMR pour Substitution-Augmentation-Modification-Redéfinition, le modèle permet de définir le « changement fonctionnel » apporté, ou non, par le numérique au processus pédagogique. Exemple : on parlera d'augmentation quand l'intégration du numérique améliore la réalisation d'une tâche courante, entraînant « un certain déplacement de l'enseignant vers l'élève. »
Concevoir une formation – Neurosciences, pédagogie et numérique pour assurer en animant ! Par Étienne Magnin, éditions Gereso, 2e édition, 241 p., 2019.