Paul Courtaud , dirigeant de Neobrain.

Paul Courtaud , dirigeant de Neobrain.

Neobrain, l'heure de la consolidation

Dans un contexte économique moins porteur et face à des investisseurs plus frileux, Neobrain sécurise son modèle économique. La start-up spécialisée dans la gestion des compétences a rationalisé ses process pour atteindre la rentabilité, investi dans l'IA et clarifié son positionnement sur un marché concurrentiel et plus sélectif.

Par - Le 19 décembre 2025.

Neobrain appartient à cette génération de pépites de l'EdTech qui ont émergé avec force après la crise sanitaire, portée par de nouveaux usages et par l'appétit des investisseurs. (voir notre article) Après sa levée de fonds de 20 millions d'euros en 2022 ( voir notre article) et l'acquisition de la start-up américaine Flashbrand en 2023 (voir notre article) , le spécialiste de la gestion des compétences a dû s'adapter au retournement de la conjoncture. « Depuis deux ans, les conditions de financement se sont durcies. Le rapport de force a changé. Les investisseurs prennent moins de risque et se montrent plus exigeants dans leur choix », confirme Paul Courtaud, directeur général et co-fondateur de Neobrain. Une prudence qui gagne également les entreprises, très attentives au coût et à un retour sur investissement rapide. Dans ce marché devenu plus exigeant, disposer d'un portefeuille de clients solide ne suffit plus : encore faut-il dégager ses propres marges de manœuvre pour continuer à investir.

Atteindre la rentabilité

En quête de rentabilité, Neobrain a revu ses process, restructuré ses activités commerciales et recentré son offre. En 18 mois, la start-up atteint son objectif : en juin 2025, elle affiche un Ebitda -qui mesure l'efficacité opérationnelle- et un résultat net positifs. Un cap structurant pour Paul Courtaud. « Nous pouvons ainsi financer nos investissements sur fonds propres, ce qui nous oblige, plus que jamais, à rester très attentifs aux besoins de nos clients ». Cette feuille de route exigeante impliquait des arbitrages stratégiques, notamment à l'international. En forte croissance, le marché américain de l'Edtech, offre un environnement réglementaire plus claire et plus favorable. L'activité outre-atlantique compte désormais pour près de 50% du chiffre d'affaires de Neobrain. Mais l'intégration de la start-up Flashbrand s'est révélée plus complexe que prévu, suscitant des questionnements sur la stratégie commerciale. Neobrain choisit alors de fermer ses bureaux à l'étranger et de piloter en direct les relations avec les clients. Un modèle plus agile — et moins coûteux — qui s'appuie par exemple sur de grands comptes, comme PwC, aux Etats-Unis, pour gagner en visibilité. L'autre levier majeur d'optimisation réside dans l'IA. Sa capacité d'automatisation du code et du développement de logiciels permet de réduire les coûts de moitié tout en augmentant de 20 à 30 % les fonctionnalités de la plateforme.

Resserrer l'offre et innover

L'efficience opérationnelle ne suffit pas : Neobrain a également resserré son champ d'action. Plus sélective sur les appels d'offres, la start-up concentre désormais son activité sur la gestion des compétences et l'appui aux directions des ressources humaines. Côté formation, elle privilégie des partenariats avec Coursera ou Edflex, afin de se consacrer pleinement à son cœur d'innovation. Dernière évolution en date : le lancement de ses NeoAgents intégrés directement dans les outils utilisés quotidiennement par les équipes RH  ou des collaborateurs. L'IA y automatise la création et la mise à jour des référentiels de compétences, identifie les compétences émergentes à partir de données internes enrichies d'analyses sectorielles, et alimente le plan de développement des compétences en mesurant les écarts et les trajectoires d'apprentissage. Résultat : la part de profils atypiques recrutés chez certains clients passe de 2 % à 15 %. En analysant finement les besoins des entreprises, Neobrain ouvre ses solutions à une nouvelle catégorie de collaborateurs, les cols bleus. « Au départ, nos outils s'adressaient essentiellement aux salariés des fonctions tertiaires. Aujourd'hui, il y a une forte demande sur métiers de terrain, notamment dans l'industrie ou le BTP. Nous avons développé une offre spécifique qui intègre un important volet certification », précise Paul Courtaud. Pour Neobrain, ces choix stratégiques marquent une nouvelle étape : celle où les start-ups de l'Edtech doivent prouver la solidité de leur modèle. Après ce que l'on peut qualifier de « bulle », la capacité à atteindre la rentabilité pour continuer à innover devient déterminante. À l'heure où la conjoncture pousse nombre d'acteurs à l'attentisme, c'est au contraire le moment où les transformations doivent se concrétiser pour traverser le cycle et s'imposer durablement.