La notion de parcours professionnel est-elle opposable aux métiers du secteur des services à la personne ?

Par - Le 30 mai 2008.

Entre le gré à gré, le mandataire et le prestataire, le secteur des services à la personne est contraint de jongler avec « trois statuts, trois niveaux de convention collective et trois Opca différents », explique Frédéric Dumalin, responsable du département Changements technologiques et organisationnels en entreprise à l’Anact, dans le cadre de la 5ème Semaine pour la qualité de vie au travail.

Une situation qui explique pour partie les difficultés des salariées [ 1 ]Près de 99% des postes du secteur des services à la personne sont occupés par des femmes. de l’aide à domicile à se construire de véritables parcours professionnels. D’autant plus que « 89% des salariées du secteur ont au plus un CAP ou un BEP » et « 72% plus de 40 ans ».
Aussi, « la question de la professionnalisation est-elle », selon Frédéric Dumalin, « une question clé pour le développement du secteur ». Mais attention, souligne-t-il, « il n’y aura pas de véritable avancée en matière de professionnalisation des salariées sans professionnalisation des structures ».

L’enjeu est de taille puisque l’on parle ici du premier secteur en nombre de salariés occupés (1 800 000 en 2008), avec une croissance de 5,5% par an depuis 1990, même si, relativise-t-il, « beaucoup de ces emplois sont à temps partiel [ 2 ]Selon les chiffres 2007 de la Dares, le temps de travail moyen est inférieur à 15 heures par semaine. et faiblement rémunérés, avec un fort taux de turn-over (35%) ».

Pour expliquer l’instabilité et l’usure prématurée des intervenantes à domicile, Nadia Raoult, chargée de mission au département Changements technologiques et organisationnels, met en avant la difficulté des métiers du secteur, qui requièrent de « réelles capacités d’adaptation face à des situations de travail complexes et évolutives », impliquent d’importants « efforts physiques » et produisent de l’inconfort « psychique lié à la dimension relationnelle en face-à-face, souvent entretenue avec des personnes en perte d’autonomie et en souffrance ». Des caractéristiques qui sont « renforcées », poursuit-elle, « par la problématique d’isolement au travail liée à des questions d’organisation et de manque de soutien et d’accompagnement de l’encadrement ». Le tout, souligne Frédéric Dumalin, couronné « d’absence de perspectives de déroulement de carrière, compte tenu de la façon dont les métiers sont organisés les uns par rapport aux autres. ».

Le portrait ainsi dressé est sévère mais s’accompagne heureusement de « pistes pour la réflexion ». Parmi celles évoquées en conclusion par Frédéric Dumalin pour favoriser l’émergence de parcours, citons d’une part, « l’identification plus précise de ce qui constitue le cœur des différents métiers, des compétences nécessaires et des différentes modalités d’acquisition de ces compétences » et, d’autre part, « la question de la reconnaissance des acquis de la formation et des compétences mises en œuvre au travers des activités effectuées ».

Autant de questions qui font réapparaître la problématique de la VAE, dont Nadia Raoult remarque qu’elle s’apparente à « un parcours du combattant pour les salariées employées via le gré à gré et les structures mandataires ». Sur cette question du statut, souligne-t-elle, « l’entrée dans une structure en mode prestataire amène davantage de stabilité », probablement liée au fait que les prestataires peuvent plus facilement animer des « politiques RH »[ 3 ]Intégration, entretiens annuels d’évaluation, plans de formation, etc.. A noter que si « la grande majorité des acteurs du secteur souhaite agir sur ces questions », ils n’oublient pas pour autant de poser « la question des moyens mobilisables ».

Contact : www.anact.fr

Notes   [ + ]

1. Près de 99% des postes du secteur des services à la personne sont occupés par des femmes.
2. Selon les chiffres 2007 de la Dares, le temps de travail moyen est inférieur à 15 heures par semaine.
3. Intégration, entretiens annuels d’évaluation, plans de formation, etc.

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