Organismes de formation et innovation : un impact sur les métiers, les contenus et les salariés

Par - Le 14 février 2011.

Comment les organismes de formation s’approprient-ils l’innovation ? Tel était le sujet de la table ronde qui a clôturé le 6ème forum formation organisé par Région Poitou-Charentes les 10 et 11 février à Poitiers.

Vaste question que l’innovation en formation, et quand on regarde de plus près, on constate que les organismes de formation ont innové depuis 1971. « C’était une innovation subie, notamment par les lois et décrets », souligne Francis Dumasdelage, président de la FFP Poitou-Charentes et directeur de l’AFC. Où se situe l’innovation ? Qui la réalise ? Les contrats d’études prospectives réalisés par Interfaces en 1998 et en 2010, ce dernier ayant été réalisé en collaboration avec Centre Inffo, ont montré que 67 % des organismes de formation sont des entreprises de moins de 10 salariés en Poitou-Charentes. Évolution notable, la composition des organismes de formation dont les formateurs représentaient il y a 10 ans 80 % de l’ensemble des salariés, et représentent désormais 60 % de la masse salariale. En région parisienne, les formateurs ne composent même plus la majorité des salariés dans certains organismes.

Pour comprendre quelles innovations les organismes de formation ont et vont développer, le contrat de prospectives a défini plusieurs familles d’actions. En 1998, elles étaient quatre : l’animation des formations, l’ingénierie, la promotion et le marketing commercial, le management et la gestion d’organismes. Le contrat de prospective de 2010 en a ajouté deux nouvelles : le conseil et l’accompagnement individuel, la gestion administrative et financière. Si la structure des organismes de formation s’est modifiée, c’est notamment en raison de trois facteurs d’évolution explique Francis Dumasdelage: la sécurisation des parcours (labels, normes, certifications, recherche) ; la rationalisation des process dûe au nombre croissant d’appels d’offre, l’émergence du développement durable ou encore l’évolution de la société qui implique la prise en compte du social par les organismes de formation et enfin les services à la personne, dans le sens d’accompagnement, qui est dû au nouveau rapport que les individus ont au savoir avec l’internet et les réseaux sociaux.

[(L’expérimentation du Cned sur les réseaux sociaux

650 millions de personnes étant présentes sur Facebook, et 85 % des internautes français utilisant un réseau social, le Cned a décidé de lancé une expérimentation de formation via ce canal. Enfin… pour être plus exact, « c’est facebook qui est venu à nous puisque des groupes se sont formés sur le réseau et étaient en demande sur le sujet », a affirmé Sandrine Ventana. Le Cned a donc mis en place un réseau social – privé pour l’instant – et a lancé deux expérimentations sur 160 formateurs du CNED et 100 personnes intéressées par la problématique de la formation. Tous les participants ont voulu ensuite intégrer le réseau social à leur formation.)]

Apprendre à apprendre, ou plutôt apprendre à SE former

L’une des innovations majeures qui a découlé de l’évolution de notre société et notamment la place croissante des nouvelles technologies est bien évidemment la FOAD. « Elle permet de positionner différemment l’apprenant », explique ainsi Jean Vanderspelden, consultant individualisation et FOAD à l’ITG à Paris. « C’est en effet le recentrage sur la situation de l’apprenant qui est l’un des fondements de l’apprenance » dit celui qui estime que la plus grande innovation numérique du siècle est Wikipédia.

Jean Vanderspelden estime que l’innovation passe par un travail sur l’apprenance. « Avant, c’était l’apprenant qui allait vers le savoir, désormais c’est l’inverse et on fait donc porter à chacun la responsabilité de saisir le savoir qu’il a à sa disposition tout autour de lui » affirme l’expert. Le rôle des organismes de formations consiste donc, pour Jean Vanderspelden, à construire des opportunités pour que les individus puissent se former tout au long de la vie. Et l’une des compétences clés nécessaire à cet apprentissage continue est « apprendre à apprendre », que l’expert préfère transformer à « apprendre à SE former », et cela passerait notamment par la construction d’espaces ouverts sur les territoires.

Comme le disait Norbert Alter en introduction du forum, « quand on lance une innovation, on ne connaît pas à l’avance ses conséquences ». Toutes ces innovations ont bien entendu des répercussions sur le métier de formateur qui devient de plus en plus un accompagnateur, et qui le sera encore davantage demain puisque l’apprentissage informel sera supérieur à l’apprentissage formel. « Il faudra donc se concentrer sur les phases d’élaboration du dispositif et sur sa validation. Les organismes de formation travailleront de plus en plus en amont et en aval et moins sur le temps de formation en lui-même et les dispositifs de formations devront donc être de plus en plus ouverts, pas seulement géographiquement mais aussi sur le plan pédagogique ». Francis Dumasdelage en a profité pour rebondir et lancer qu’une « grande innovation que devront faire les financeurs demain, c’est de financer autre chose que les heures pédagogiques, qui représentent une partie seulement de l’activité des organismes de formation ».

« L’industrialisation d’une expérimentation passe par la formation des formateurs »

Face à toutes ces évolutions, les organismes de formation s’adaptent. Le Cned a ainsi lancé en septembre 2010 une direction de l’innovation, qui est un laboratoire de réflexions. Sandrine Ventana, qui en est la responsable, en a présenté les principes de développement : l’utilisation du numérique et notamment de la réalité augmentée, la place de l’apprenant, les usages et les apprentissages en terme de nomadisme, les richmédias et transmédias. Les classes virtuelles mises en place par le CNED en 2006 sont un exemple d’innovation expérimentée avant d’être industrialisée.

De son expérience, Sandrine Ventana retire un élément primordial : l’industrialisation d’une nouvelle ingénierie passe obligatoirement par la formation des formateurs. « On ne peut pas lâcher les formateurs dans la nature sans qu’ils maîtrisent l’outil ou le dispositif« . D’ailleurs, elle a noté que « la plupart des formateurs qui sont formés à des nouveaux process les incluent ensuite dans leur formation » (voir encadré ci-dessus).

Toutefois, la FOAD n’est pas simple : « apprendre à apprendre est encore plus difficile à distance », souligne Sandrine Ventana. C’est pourquoi le Cned fait du blending learning comme les classes virtuelles. Les réseaux sociaux, qui font partie du quotidien des apprenants, sont également un bon outil qui permet de rompre l’isolement et qui rassure l’usager qui connaît leur fonctionnement. L’évaluation de ces dispositifs innovants reste pourtant classique, puisqu’elle se fait par questionnaire. Mais Sandrine Ventana aimerait travailler avec les chercheurs pour avoir une analyse plus fine des résultats.

La crise, propice à l’innovation…

Autre point de l’innovation pour conclure, le contexte. Maryline Simoné, vice-présidente de la commission permanente à la Région Poitou-Charentes, a mis en évidence le fait que « c’est souvent en temps de crise que l’innovation se développe, car on n’a plus le choix. Ça a été le cas des Régions pour la formation en tant de crise, ou d’entreprises comme Saintronic qui doivent innover pour ne pas mourir » (cette entreprise a reçu un trophée innovation formation (lire article)).

Maryline Simoné a conclu sur la création du Fonds régional pour l’innovation dans les organisations professionnelles (FRIOP) (document de présentation en pièce jointe) mis en place lors de l’élaboration du schéma régional de formation en 2006. En 2010, 250 000 euros ont été versés aux organismes de formation par la Région Poitou-Charentes. Car la vice-présidente est convaincue d’une chose : « l’innovation, c’est savoir travailler ensemble ».

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