Le rapport Illettrisme préconise un renforcement de l’ANLCI

Rendu public lundi 2 décembre, le rapport de la mission relative à la lutte contre l’illettrisme avait été remis le 25 novembre à Muriel Pénicaud par Christian Janin et Yves Hinnekint. Cette sortie coïncide avec la tenue de l’assemblée générale du Gip ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme). Lequel sort renforcé par les préconisations du rapport.

Par - Le 03 décembre 2019.

Plutôt que de chercher à révolutionner les méthodes employées jusqu’ici, il s’agissait pour les deux rapporteurs de   « proposer les évolutions nécessaires pour une amplification ou un renouvellement de la politique de prévention de la lutte contre l’illettrisme », comme l’indiquait dans sa lettre de mission la ministre du Travail  Muriel Pénicaud à Christian Janin [ 1 ]Ancien président du Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle (Copanef), qui a mis en place le certificat CléA, maintenant sous la responsabilité de Certif’Pro et Yves Hinnekint  [ 2 ]Directeur d’Opcalia qui fait partie de l’Opco Akto, services à forte intensité de main d’œuvre

Net recul

Une révision rendue nécessaire par le contexte : « Le paysage de l’illettrisme a été particulièrement bousculé ces dernières années, indique Christian Janin, dans un entretien accordé à Centre Inffo. Et ce à l’occasion de la décentralisation du financement de l’illettrisme confié aux Régions en 2014-2015.  Et par la réforme de la formation professionnelle et son appli CPF. »

Le travail a consisté à vérifier les « maillons défaillants » dans la chaîne de la prise en charge « à traiter pour éviter la fragilisation de ces personnes ». Le rapport porte des recommandations sur quatre axes : une mesure régulière de l’illettrisme, un accompagnement personnalisé et différencié des publics, la mobilisation des entreprises sur la question et le renforcement de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.

Évaluer et nommer l’illettrisme

Premier maillon faible : la mesure de l’illettrisme. Les derniers chiffres de l’Insee datant de 2011, les prochains ne sont pas prévus avant 2022-2023.  Seules données accessibles : le bilan des journées Défense et Citoyenneté à laquelle assistent plus de 780000 jeunes chaque année. Il met en évidence qu’environ 10% d’une génération est concernée par des savoirs de base non maîtrisés : 70 000 jeunes éprouvant de sérieuses difficultés avec la langue et 30 000 relevant de l’illettrisme.

Si les jeunes repérés lors de ces journées peuvent ensuite être pris en charge dans des établissements style École de la 2è chance, Épide  ou service militaire volontaire, le repérage est bien plus difficile pour les autres. « Il est tout aussi difficile de repérer l’illettrisme que les violences domestiques ou la pauvreté, illustre-t-il. Nous devons « vacciner » sur ces problématiques toutes les personnes qui travaillent dans des services d’accueil du public pour qu’elles sachent saisir les signaux, même faibles, d’illettrisme. » Pas de formations lourdes, mais un sujet parmi d’autres dans les cursus.

Au plus près des besoins

Une prévention efficace passe selon les rapporteurs par la proximité territoriale de l’intervention et des solutions personnalisées. « On ne solutionnera pas le problème en proposant un dispositif qui s’apparente à un retour à l’école. On ne proposera donc pas automatiquement de la formation », prévient le syndicaliste. Le rapport préconise de s’appuyer sur des besoins concrets selon les publics: le permis de conduire pour les jeunes, l’accompagnement de la scolarité pour les parents et la maîtrise du numérique pour accomplir les tâches administratives. Et pour les entreprises, qui ignorent souvent la possibilité d’employer des personnes en situation d’illettrisme, performantes par ailleurs, l’action consistera à leur démontrer que l’illettrisme leur coûte plus cher que d’y remédier.

Volonté politique

Au delà, le rapport constate que l’Assemblée générale du Gip ANLCI n’est pas un lieu de débat politique. En s’appuyant sur l’Agence, qui a l’expérience et de bons outils,  les rapporteurs estiment qu’il faut  « changer d’envergure et en faire un « vrai » groupement d’intérêt public qui réunisse les différents acteurs publics concernés par la lutte contre l’illettrisme afin qu’ils se coalisent et agissent ensemble », résume Christian Janin. Le rapport préconise qu’y soient associés tous les ministères concernés, toutes les Régions, France compétences, et tous les Opco, outils des partenaires sociaux, qui financent les dispositifs. Et pour mettre en œuvre les politiques qui en découleront, « Aujourd’hui il y a une douzaine de régions avec un chargé de mission qui y consacre une journée, de-ci de-là, parmi beaucoup d’autres missions. Il faut quelqu’un dans chacune, capable de structurer et fédérer pour mettre en œuvre la lutte contre l’illettrisme territorialement. »

Rapport de la mission relative à lutte contre l’illettrisme

Notes   [ + ]

1. Ancien président du Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle (Copanef), qui a mis en place le certificat CléA, maintenant sous la responsabilité de Certif’Pro
2. Directeur d’Opcalia qui fait partie de l’Opco Akto, services à forte intensité de main d’œuvre

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