Comment repenser la politique de formation pour l’après-crise ? (Séminaire Politiques de l’emploi)

Le séminaire « Politiques de l’emploi », organisé le 16 juin par le ministère de l’Economie et des finances et le ministère du Travail, s’est conclu par un exercice de prospective. A cette occasion, ses intervenants ont souligné les enjeux d’adaptabilité et de réactivité nécessaires pour former aux compétences du futur.

Par - Le 18 juin 2020.

« Quel rôle pour la formation et l’apprentissage dans les mutations de l’après-crise ? » : cette question, posée dans la dernière partie du séminaire « Politiques de l’emploi », a permis de rappeler les besoins cruciaux de développement des compétences induits par les transformations technologiques et la transition écologique. « Et la crise actuelle aura sans doute pour effet une accélération du processus de destruction créatrice », avertit Bertrand Martinot, directeur du conseil en formation et développement des compétences de Siaci Saint Honoré.

Préparer les besoins de reconversion

Pour Bertrand Martinot, le système actuel de formation est dépassé par ce nouveau contexte. « Il a été construit dans une situation de quasi plein emploi et se révèle assez inadapté au besoin de réallocation forte de main-d’œuvre », estime-t-il. Un enjeu qui, selon lui, appelle à l’adaptation du marché de la formation « en prenant le tournant de la création de champions des Ed Tech », ainsi qu’à l’adaptation des certifications « notamment les certifications professionnelles de branches, qui doivent être plus réactives au marché du travail et aux mutations technologiques ».

Le « besoin de reconversion de masse » nécessite également d’assouplir les financements de la formation, estime Bertrand Martinot. Dans ce sens, il recommande une réorientation d’une partie des financements du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) « vers les demandeurs d’emploi plus qualifiés et les chômeurs de courte durée ». Autre proposition : « élargir, au moins à titre provisoire, les prestations accessibles avec le compte personnel de formation (CPF) à celles d’accompagnement et de retour à l’emploi en cas de reconversion ou de rupture conventionnelle ».

Anticiper la mutation des métiers

La crise actuelle, tout comme celle de 2008-2009, questionne également les politiques traditionnelles de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) selon le consultant en formation Jean-Pierre Willems. « Cela a-t-il du sens de former par anticipation ? Nous aurions sans doute davantage besoin d’une gestion réactive des compétences », explique-t-il. La réponse devrait, pour lui, consister à mener « des négociations inter ou multi-professionnelles décentralisées, au niveau régional, et sur des temps courts : tout l’inverse de ce que nous faisons ».

L’économiste Coralie Perez pointe également les limites de la logique adéquationniste pour la politique de formation. « Plutôt que de penser le système uniquement comme une adaptation aux besoins des entreprises, on peut le penser comme une adaptation réciproque : avec un travail lui-même formateur. Il faut aller vers des organisations apprenantes et revaloriser l’expérience, en permettant aux salariés d’objectiver les compétences acquises », estime-t-elle.

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