« Nous devons tout faire pour ne pas décevoir les jeunes qui s’engagent dans l’apprentissage » (Joël Fourny, CMA France)

A la veille d’une rentrée qui s’annonce délicate, le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat se mobilise pour soutenir l’apprentissage. Joël Fourny, qui vient de succéder à Bernard Stalter à la présidence de CMA France, fait le point sur les actions engagées pour sécuriser davantage les entreprises artisanales et les 112 centres de formation que compte le réseau. 

Par - Le 31 juillet 2020.

Le Quotidien de la formation – Quelles sont les perspectives pour cette rentrée 2020 ?

Joël Fourny, CMA France – Malgré les mesures significatives annoncées par le gouvernement pour soutenir les recrutements d’apprentis, l’inquiétude demeure. Dans le secteur de l’artisanat fragilisé par la crise, de nombreuses entreprises hésitent encore à recruter par manque de visibilité quant à la reprise de leur activité. Certaines attendent d’y voir plus clair avant de s’engager alors que de plus en plus de jeunes ont d’ores et déjà fait le choix de l’apprentissage. Leur entrée en formation reste possible puisqu’ils ont désormais six mois au lieu de trois pour trouver un employeur, mais encore faut-il qu’ils aient des perspectives d’embauche à l’issue de cette période. Nous devons tout faire pour ne pas décevoir ces jeunes qui s’engagent dans l’apprentissage.

QDF – Comment faire en sorte que les entreprises franchissent le pas ?

J. F. – En complément des mesures financières, il serait intéressant selon nous de développer les partenariats entre employeurs. Aujourd’hui, si une entreprise rencontre des difficultés et rompt le contrat, l’apprenti doit trouver un autre employeur pour poursuivre sa formation. Des mécanismes de transfert de contrats pourraient être envisagés. Un chef d’entreprise sera davantage prêt à s’engager s’il a la certitude qu’en cas de difficultés un confrère pourra prendre le relais sans mettre le jeune en danger. Des solutions comme les groupements d’employeurs permettant à un apprenti de partager son temps entre plusieurs entreprises devraient par ailleurs être assouplies et davantage encouragées. Savoir qu’un confrère pourra l’accompagner dans la formation d’un jeune peut encourager un employeur à se lancer dans l’apprentissage.

QDF – Dans ce contexte de crise, qu’avez-vous mis en œuvre pour sécuriser la rentrée ?

J. F. – Nous sommes en veille permanente pour suivre l’évolution des recrutements et être en mesure de réagir rapidement en cas de problèmes rencontrés par les jeunes et les entreprises. Et nous passons beaucoup de temps à expliquer aux employeurs qu’il est essentiel de continuer à former, même en période de crise, pour ne pas se retrouver en manque de compétences au moment de la reprise. On l’a vu après la crise de 2008 : les entreprises qui ont mis un frein à leurs investissements en formation et en apprentissage ont eu ensuite beaucoup de mal à trouver de la main-d’œuvre qualifiée.

QDF – Comment se sont organisés les CFA pendant cette crise ?

J. F. – Pendant le confinement, les équipes se sont mobilisées pour assurer la continuité des cours à distance. Beaucoup d’initiatives ont vu le jour avec des résultats parfois très positifs. Il nous faut maintenant faire une analyse précise de ce qui a bien fonctionné afin de mutualiser les bonnes pratiques et de les décliner rapidement dans tous les CFA car nous ne sommes pas à l’abri d’un rebond de l’épidémie. Cette période nous a montré qu’il était essentiel d’investir dans des équipements permettant aux jeunes de poursuivre leur formation dans de bonnes conditions et, plus généralement, d’être en mesure d’innover.

QDF – Avez-vous des craintes concernant la situation financière des CFA ?

J. F. – Une baisse des effectifs pourrait avoir des conséquences sur les équilibres financiers avec le risque que certains établissements soient fragilisés. Reste à savoir si des moyens supplémentaires seront alloués aux CFA qui seraient en danger. Certaines Régions comme les Pays de la Loire ont annoncé qu’elles mobiliseraient des budgets pour soutenir les CFA en difficulté, en complément des enveloppes prévues par la loi. Parmi les 112 CFA des chambres de métiers et de l’artisanat qui permettent à des jeunes de préparer plus de 400 diplômes différents, certains établissements forment à des métiers très spécifiques et sont parmi les seuls à le faire au niveau national. Nous serons très attentifs à la situation de chacun car notre priorité c’est de maintenir notre capacité de formation et de préserver les savoir-faire.

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