Afest, les conditions du succès (colloque Cnam)

Pour que l’action de formation en situation de travail fonctionne, quels concours solliciter avant, pendant et après ? Tel était l’objet de la table ronde « intervenir pour poser les conditions et négocier l’existence de l’action de formation », qui s’est tenue le 15 octobre au Conservatoire national des arts et métiers, dans le cadre d’une journée d’échanges autour du numéro spécial sur l’afest paru dans la revue Éducation permanente.

Par - Le 19 octobre 2021.

Avant l’action de formation en situation de travail (afest), explique Théophile Bastide, infirmier et cadre supérieur à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a accompagné son propre service d’accueil des urgences, le déclencheur est un « besoin ressenti ». Dans son cas, une discussion dans un couloir avec une infirmière débordée par le flux de patients.

Demande et besoin de l’organisation sont différents

Mais lorsque l’intervenant est extérieur à l’organisation, « au démarrage, il y a une demande [de l’organisation], qui n’est pas la même chose que le besoin », explique Charles-Antoine Gagneur, consultant afest, chercheur associé à AgroSup Dijon. Pour évaluer le besoin, l’intervenant extérieur doit donc observer en « situation réelle », explique Stéphanie Guibert, responsable transformation et référentiels de compétences à l’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP). C’est sur le terrain que se fait l’analyse du travail, qui « intervient très tôt dans la formulation du besoin », estime Emmanuelle Begon, coordinatrice de la Maisons de la formation en situation de travail (Ma.FEST). Un terrain que les managers à l’origine de la demande ont parfois déserté « depuis des années », témoigne Charles-Antoine Gagneur.

Modification de l’afest en cours de route

Le déploiement de l’afest peut se heurter à des freins. La première difficulté est de dégager du temps pour l’apprenant et son accompagnateur. « C’est plus facile lorsque la demande émane du manager lui-même », admet Théophile Bastide. Une autre difficulté est que « contrairement à une formation classique précédée d’une ingénierie, l’afest connaît des modifications en cours de route », explique Charles-Antoine Gagneur. Il cite comme exemple de ce qu’il ne faut pas faire le cas d’une grande entreprise qui, formant ses vendeurs en situation de travail, estime que ces derniers sont trop dérangés pour apprendre correctement et veut transformer l’afest en une formation sans perturbation. Or l’intérêt de l’afest est précisément dans la confrontation d’une formation avec un réel perturbant. « Il faut alors rediscuter » le dispositif, explique Charles-Antoine Gagneur.

Enfin que doit-il (peut-il) rester de l’afest après ? « Des preuves informatiques », répond Charles-Antoine Gagneur. « Des outils pédagogiques invariants », répond pour sa part Stéphanie Guibert. Mais comment démontrer que l’afest a fonctionné « une fois qu’on a montré que les indicateurs ne sont pas si scientifiques que cela ? », s’interroge Théophile Bastide. Il admet n’avoir pas de réponse.

Cette difficulté de formalisation fait échos à une autre, d’ordre juridique. Comment cadrer juridiquement l’afest -condition pour déclencher des financements publics- tout en laissant des marges d’action aux accompagnants ? Alors même que « dans une organisation, les personnes qui connaissent le travail ne sont pas celles qui connaissent le droit », analyse Stéphanie Guibert. « Préciser les objectifs et les critères sans trop les écrire », propose Charles-Antoine Gagneur.

 

Pour aller plus loin, lire ou relire nos articles parus à l’occasion de la parution de la revue Education permanente consacrée à l’Afest :

 

L’Afest, cette « nouvelle alliance entre le travail et la formation » (Éducation permanente)

 

Afest : des « débordements » riches d’enseignements (Education permanente)

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