« Le compte personnel de formation a joué son rôle d’amortisseur de crise » (Michel Yahiel, Caisse des dépôts)

Mon parcours handicap, mis en ligne le 6 mai, a été développé par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) avec le soutien de l’Agefiph. La plateforme, conçue comme un guichet unique d’information, d’orientation et de services, offre dans un premier temps des contenus consacrés à l’emploi et à l’insertion professionnelle. Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité, en explique la logique.

Par - Le 14 mai 2020.

Centre Inffo – Comment la CDC a-t-elle été embarquée dans la stratégie « Osons l’emploi » du ministère du Travail en lien avec le secrétariat d’État chargé des Personnes handicapées  ?

Michel Yahiel – Mon parcours handicap a incubé à la Caisse des dépôts, sous l’autorité de Laure de la Bretèche, directrice déléguée des retraites et de la solidarité, qui connaît très bien cette thématique. C’est le fruit d’une coopération qui s’est accélérée avec la CNSA, qui a une double compétence handicap et vieillissement. Nous nous sommes retrouvés rapidement en phase pour proposer cette plateforme orientée vers les services, en liaison avec le ministère. Il fallait commencer par un grand secteur, ne pas tout agréger d’emblée, et nous avons fait le choix collectivement de privilégier le versant emploi-formation, sous l’égide des pouvoirs publics. Cette technique de plateforme fait écho à Mon compte formation, même si l’échelle est différente. Nous avons mobilisé le savoir-faire de la Caisse, maintenant éprouvé en matière de retraite et de formation, en matière de développement de système d’information, avec une méthodologie fondée sur la contribution des acteurs – le secteur associatif et des développeurs intéressés par cette démarche ont été impliqués – le tout environné des garanties que la CDC apporte en matière juridique, de protection des droits, et de sérieux de la démarche, avec ici une dimension majeure : la totale accessibilité.

Centre Inffo – Les personnes en situation de handicap subissent des discriminations d’accès à l’emploi et ne seront sans doute pas privilégiées alors que le pays est en crise. Pourquoi choisir cette période particulière pour lancer la plateforme ?

Michel Yahiel – Nous avons fait le choix de lancer la plateforme indépendamment du contexte : il ne fallait pas priver ses bénéficiaires d’un outil de qualité, au motif qu’ils ne sont pas déconfinés. Nous avons un rôle contracyclique en matière économique comme sociale : c’est précisément parce que la période est compliquée et qu’elle va l’être encore plus pour les personnes éloignées de l’emploi qu’il faut mettre en place des outils nouveaux pour les aider à se repérer dans un certain maquis administratif et les appuyer dans leurs démarches. Le besoin est permanent et d’autant plus important que nous traversons une situation difficile. Notre rôle est d’être efficace. De plus, cette plateforme est en mode bêta : il y aura des modifications, des ajouts, des innovations de manière régulière, en fonction des retours des usagers et des partenaires. Notamment en ce qui concerne le secteur de l’éducation, une préoccupation des personnes en situation de handicap et des associations qui les représentent, pour lequel il faut fournir une information fiable et réactive.

Centre Inffo – La période a-t-elle été propice au CPF ?

Michel Yahiel – Le CPF a joué son rôle d’amortisseur de crise dans le cadre de la politique de l’emploi, alors que c’était un outil nouveau. Ce n’était pas acquis que le système se comporte de cette façon. La période aurait pu être fatale au CPF, du fait de l’arrêt de toutes les formations présentielles. Mais avec le développement des formations à distance, nous avons limité drastiquement la chute d’activité, puisque nous sommes passés d’un flux de 20 000 inscriptions par semaine au début de la crise à 8 000 à la fin, cela grâce au doublement des formations à distance. Aujourd’hui, notre catalogue compte 730 000 sessions, dont 200 000 à distance, concernant environ 13 500 organismes. Nous leur avons évité des difficultés de trésorerie en payant les factures à 7 jours au lieu de 30, et en leur permettant d’utiliser la clause de force majeure. Beaucoup de formations ont été reportées à la rentrée et maintenant que les gens retrouvent le chemin des organismes, nous pensons que l’activité va reprendre fortement. L’outil a bien résisté, ce qui prouve que les fondements étaient solides. Une fois qu’on a traversé ce genre de difficultés, nous sommes parés pour la suite. Collectivement, car c’est l’ensemble des acteurs, le ministère du Travail, les organismes, les intervenants de ce vaste secteur qui font que ça fonctionne. Sans embellir trop les choses, les relations se sont raffermies, la crise a renforcé la solidarité professionnelle dans un secteur somme toute assez éclaté.

 

La crise du Covid-19 impacte le calendrier prévu : les abondements prévus au CPF par Pôle emploi en avril, d’une part, et par les entreprises en juin, sont décalés. Pôle emploi ayant dû gérer le chômage partiel, qui a concerné jusqu’à 12 millions de salariés début mai, le report était « inévitable » selon Michel Yahiel. Leur intégration dans l’application CPF sera lancée en juin par Pôle emploi et à la rentrée pour les entreprises, en cohérence avec la reprise d’activité. Pour les Régions, ils sont programmés en octobre.

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