Le “soft power” de France compétences (UHFP)

Instance de régulation, hub financier, levier de structuration du secteur de la formation, le rôle de France compétences dans le déploiement de la réforme franchira une étape décisive en 2020. Lors de l’UHFP, sa position centrale au sein de l’écosystème a été réaffirmée autour d’approches et d’outils inédits.

Par - Le 10 février 2020.

Tout juste un an après sa création, France compétences a été très présente sur les plateaux et dans les ateliers de la 17éme édition de l’UHFP. Après avoir conduit au pas de charge l’installation de la gouvernance quadripartite et d’importants chantiers sur les niveaux de prise en charge de l’apprentissage ou encore la refonte des certifications professionnelles, la nouvelle instance nationale s’apprête à déployer pleinement sa mission de régulation.

Une mission dont les contours et les leviers se précisent. “2019 a aussi été une année de réflexion stratégique sur le positionnement de France compétences en tant qu’instance nationale de financement et de régulation du système de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Notre périmètre est large et nous disposons de différents leviers”, confirmait Hugues de Balathier, directeur général adjoint de France compétences lors de l’UHFP.

Cet opérateur pas comme les autres

Garant de l’utilisation des fonds publics et mutualisés dans un environnement libéralisé et désintermédié par la réforme, cet opérateur pas tout à fait comme les autres joue gros en 2020. C’est, en effet, cette année que France compétences devra imposer son influence auprès d’acteurs en pleine transformation.

Inscrite dans la loi, soutenue par un arsenal d’outils et de ressources, cette mission de régulation porte sur leurs pratiques, leurs modèles économiques, la qualité de leurs offres de service et les règles du marché. Son rôle dans la conduite du changement place la nouvelle instance au centre de l’écosystème. Les autres opérateurs lui doivent des comptes, que ce soient la CDC, les opérateurs de compétences ou, plus directement encore, les associations Transitions Pro ou les porteurs du conseil en évolution professionnel (CEP) avec lesquels France compétences nouent des dialogues de gestion. Mais sa régulation va bien au-delà et passe par le pilotage et la mise en cohérence d’une réforme qui se veut systémique.

Du décret au soft power

Et c’est que l’instance est attendue. La loi fournit le principal outil de régulation. France compétences émet des recommandations. C’est sur ce socle juridique que l’instance va développer différents leviers dont le niveau de contrainte varie.

Premier échelon, la recommandation devient réglementaire. C’est le cas dans l’apprentissage. Un décret fixe les niveaux de prise en charge.

Deuxième échelon, la recommandation ne devient pas obligatoire, mais sa contrainte reste très forte. C’est le cas, par exemple, des opérateurs privés du conseil en évolution professionnelle (CEP) pour les actifs occupés sélectionnés par France compétences. Le sujet est sensible car l’accompagnement est souvent pointé comme une des faiblesses de la réforme. “C’est une brique essentielle. Nous allons assurer un pilotage resserré et suivre de très près l’offre de service en termes qualitatif et quantitatif. Nous avons déjà réalisé des audits pour contrôler le respect du cahier des charges”, précisait encore Hugues de Balathier.

Enfin, il y aura un dernier niveau recommandations issues d’enquêtes déployées dans le champ de la qualité, ou encore sur l’offre de service des opérateurs de compétences, nourries également des rapports d’activité adressés à l’instance et d’analyse de data.

Mais on ferait une erreur d’y voir de simples avis. La force de persuasion de l’instance nationale dépendra de sa crédibilité et de l’influence qu’elle aura réussi à construire au sein de l’écosystème. Ce “soft power” est adossé à de réelles et puissantes prérogatives. France compétences répartit les enveloppes financières des différents dispositifs et les critères de cette ventilation pourraient être conditionnée au respect des conditions d’utilisation. Et puis, France compétences peut faire des recommandations à l’État. À charge de ce dernier de prendre les dispositions qu’il juge nécessaires.

 

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