Comment apprendre confinés ? Une enquête conduite chez Excelia

Tirer des leçons d’une période de formation 100% en ligne, afin d’anticiper l’avenir et accompagner la digitalisation. C’est l’objectif d’une recherche effectuée au sein d’Excelia, grande école de management, sur les pratiques des apprenants et des formateurs durant la première période de confinement, de mars à juin 2020. Explications, avec Caroline O’Neill, ingénieure pédagogique chez Excelia.

Par - Le 18 janvier 2021.

La bascule soudaine et totale de l’enseignement vers les canaux digitaux en mars 2020 a mis à l’épreuve les systèmes éducatifs à travers le monde. Nous avons dû prouver notre capacité à nous réinventer pour assurer la continuité pédagogique. Il est maintenant l’heure de faire le bilan de cette période et de se poser la question : quelles leçons pouvons-nous tirer en observant comment nous avons appris confinés ? Une recherche a été menée au sein d’Excelia, grande école de management, sur les impacts du dispositif mis en place par l’institution afin d’assurer la continuité pédagogique durant la première période de confinement. Plus particulièrement sur les usages et le vécu des enseignants et des apprenants dans un contexte de digitalisation de l’enseignement.

Enquête de crise

Photo de Caroline O'Neill, ingénieure pédagogique chez Exccelia

Caroline O’Neill, ingénieure pédagogique chez Exccelia

Dans le contexte sans précédent de la crise sanitaire liée au Covid-19, Excelia a, dès le 3 mars 2020, émis l’hypothèse d’une fermeture de l’école. Il a été demandé aux directions des 17 services de travailler, en collaboration avec leurs équipes, sur ce scénario. C’est donc avec deux semaines d’anticipation que le 17 mars, dans le respect des recommandations gouvernementales, l’école a fermé. Avec le soutien de l’équipe en charge de la digitalisation de l’enseignement, il a été décidé de maintenir tous les cours prévus au planning étudiant, mais en ligne, sans changement d’emploi du temps, d’objectifs de formation, de modalités d’évaluation ou de modèle pédagogique pour assurer la continuité pédagogique. Ce maintien s’est fait via les outils numériques institutionnels (LMS interne et Microsoft Teams, principalement) et les cours ont été dispensés de cette façon pendant quatre mois. La bascule a impliqué des changements de pratiques pédagogiques et d’apprentissage. Une enquête par questionnaire a été construite en mettant en miroir la vision des deux publics : chaque item avait une version apprenant et une version enseignant.

L’autonomie

L’enquête menée auprès de 338 étudiants a montré qu’il existe un certain décalage entre les intentions pédagogiques et la réalité vécue par les apprenants dans un contexte d’apprentissage à distance. 80 % des intervenants attendaient des étudiants qu’ils travaillent en autonomie, alors que seuls 48 % des apprenants percevaient cette attente. Les résultats ont également montré une dissonance entre les méthodes pédagogiques transmissives, favorisées par le corps professoral, et la volonté d’organisation personnelle de l’apprentissage des apprenants. La majorité des étudiants ont trouvé plus efficaces les méthodes pédagogiques centrées sur l’autodirection, comme les parcours e-learning en accès libre. De plus, 80 % d’entre eux se sont sentis aidés principalement par leurs pairs étudiants.

« De nouvelles façons de penser les pratiques pour favoriser l’interaction en classes virtuelles et encourager l’apprentissage. »

Au-delà du malentendu entre les deux publics sur les comportements attendus par les enseignants, les résultats de l’enquête laissent croire qu’il existe un réel désaccord entre les apprenants et les intervenants autour de la place de l’autonomie dans l’apprentissage. Les “apprentissages autodirigés” sont un thème particulièrement intéressant pour la recherche, parce qu’“ils sont caractérisés par une plus grande efficacité en termes d’implication, de performances et de satisfaction des apprenants” (Carré, 2010).

Les outils TICE

L’enquête a montré que les outils TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement) n’ont pas été un réel frein au dispositif, mais leur prise en main a généré un certain stress. Environ 20 % des répondants des deux publics ont dit se sentir en dessous des compétences numériques requises par le dispositif. L’enquête a également fait ressortir que les répondants identifiés comme intervenants occasionnels ont fait face à davantage de difficultés. Ces résultats nous amènent à nous poser la question du rôle des institutions au regard du développement des compétences numériques de leurs intervenants à l’ère de la transition numérique.

Apprendre dans l’enseignement supérieur aujourd’hui et demain

L’objectif de cette étude était de tirer des leçons d’une période 100 % en ligne afin d’anticiper l’avenir pour ne plus “subir” la digitalisation de l’enseignement. Celle-ci va perdurer chez Excelia. La rentrée académique 2020-2021 en est un exemple concret : les formations proposées sont basées sur un modèle hybride, avec 60 % des parcours dispensés en distanciel – jusqu’à 100 % pour le public alternant.

Un amphi de Digital School Excelia

Fondé par la Chambre de commerce et d’industrie de La Rochelle en 1988, “Sup de Co La Rochelle” a récemment changé d’appellation et est devenue Excelia Group.

L’institution a préparé cette rentrée académique sous le signe de la distanciation physique, en adoptant un plan d’accompagnement qui suivait les recommandations de l’enquête. L’équipe TICE a proposé deux types d’ateliers : les uns, d’initiation à l’ingénierie pédagogique numérique ; les autres, dédiés à l’accompagnement à la prise en main des outils TICE, en veillant à bien inclure les intervenants occasionnels dans la communication et la mise à disposition de ceux-ci. Dans ces ateliers, on discute de nouvelles façons de penser les pratiques pour favoriser l’interaction en classes virtuelles et l’apprentissage par les pairs, donner une place plus importante à la responsabilité personnelle et encourager l’apprentissage autodirigé.

RÉFÉRENCE
Carré, P., Moisan, A. & Poisson, D. (Dir.) – L’autoformation : perspectives de recherche. Paris : Presses Universitaires de France, pp. 117-169.
Cet article est-il utile ?

Centre Inffo vous conseille également

Publicité - Devenir annonceur