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Les premiers Innov’Trophées décernés à l’occasion de la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle

Par - Le 02 février 2018.

C’est dans le cadre de la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle (UHFP), organisée à Biarritz par Centre Inffo, que les premiers Innov’Trophées ont été remis jeudi 1er février 2018.

Les trois premières catégories ont distingué les actions innovantes sous l’angle des organismes de formation, des entreprises et de l’ingénierie de parcours déployée au bénéfice de l’apprenant.

Organisés par le FPSPP [Fonds paritaire de sécurisation des parcours.[/footnote] et le Copanef [ 1 ]Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle. avec le soutien de Centre Inffo, les Innov’Trophées ont une ambition déclarée, assume Pierre Possemé, président du Fonds paritaire : « Que les partenaires sociaux apportent leur pierre à l’édifice de l’amélioration de la formation », résume-t-il. Après l’esquisse, par Christian Janin, président du jury, d’un bilan des 98 dossiers de candidature examinés dans le cadre de cette première édition (voir [notre article), les trophées, réalisés par les apprentis chaudronniers et usineurs du centre de formation industriel et technologique de Drancy (Aforp), ont été remis aux lauréats.

Vidéo-transmission

Catégorie la plus représentée avec 52 dossiers examinés, les actions conduites par les organismes de formation ont couronné le projet Contact-Gestes porté par l’école d’ingénieurs Icam Toulouse. Lauréat de l’appel à projets Digifab 2015 portant sur l’Usine du Futur, Contact-Gestes est une solution d’apprentissage par la vidéo destinée à « capitaliser et transmettre l’intelligence tacite incorporée dans un geste métier ». Pour les porteurs du projet, soutenus financièrement par la Région Occitanie et l’Union européenne (Feder), le dispositif « exploite les nouvelles technologies pour adresser un problème d’apprentissage très ancien : comment identifier, nommer et transmettre le travail réel ? » Si une partie de la solution peut bien sûr résider dans le compagnonnage, admet Yann Ferguson, enseignant-chercheur à l’Icam Toulouse, la nécessité d’innover est venue notamment du « manque de temps » déclaré par les entreprises pour mettre en œuvre des formes traditionnelles de transmission. Inédite, la réponse s’appuie sur un processus de transmission entre professionnels confirmés et novices, via un manuel interactif associant des vidéos taguées et un assistant vocal intelligent. Contact-Gestes a par ailleurs été l’occasion de conduire une « étude d’acceptabilité sociétale » visant à identifier les facteurs amenant un expert à expliciter son savoir-faire, qui le rend unique, sans pour autant s’en sentir dépossédé.

L’innovation par le sens

Dans la catégorie des actions conduites par les entreprises, plus faiblement représentée, c’est le projet Step du leader mondial de la construction, Vinci, qui a été primé. Porté par la structure Vinci Insertion Emploi (VIE), Step entend accompagner les jeunes adultes en difficulté d’accès à l’emploi via un dispositif de (ré)insertion alternant périodes de formation et d’activité professionnelle. Par leur participation à un chantier de réhabilitation de locaux de la Croix-Rouge, les jeunes développent des compétences qui leur serviront, au bout de six mois, à trouver un emploi dans une entreprise du secteur. L’originalité tient notamment à l’intégration de CléA, qui cible le développement et l’évaluation des capacités transversales mobilisées par les stagiaires, afin de développer leur autonomie. DRH de Vinci, Frank Mougin souligne une innovation qui repose sur « le développement des capacités organisationnelles et relationnelles, avant les compétences techniques », insiste-t-il. Au-delà d’un projet qui fait sens, les porteurs soulignent que chaque apprenant est l’agent de son apprentissage et de l’apprentissage du groupe, par le partage réciproque des savoirs. Pour Aurélia Bollé, déléguée générale du Fffod [ 2 ]Forum français des acteurs de la formation digitale. et membre du jury, ne reste plus qu’à espérer « l’essaimage » de cette démarche qui a séduit les Innov’Trophées par sa capacité à « miser sur l’employabilité des jeunes en difficulté d’insertion ».

Sécuriser les mobilités interentreprises

La troisième catégorie, consacrée aux actions d’accompagnement de la personne dans le cadre de l’ingénierie de parcours, a décerné son prix au programme de mobilité professionnelle conduit par le groupe Batistyl. Avec ce projet coordonné par Opcalia Pays de la Loire, il s’agit de soutenir les mobilités professionnelles interentreprises par un accompagnement personnalisé des salariés, pour à la fois renforcer l’employabilité des salariés et mieux répondre aux besoins des entreprises. Initié sur le territoire du Choletais (49), le dispositif réunit des entreprises membres du réseau Transcompétence, qui ouvrent la possibilité à leurs salariés de s’inscrire dans des actions de mobilité professionnelle interentreprises de façon sécurisée. Sur vingt-six salariés impliqués, sept ont à ce jour effectué une reconversion, « mais tous sont sortis de leur zone de confort », salue Samuel Barreau, responsable des ressources humaines région Nord du groupe Bouyer-Leroux, représentant du réseau Transcompétence aux Innov’trophées. Pour Jean-François de la Rivière, délégué de l’Agefiph et membre du jury, c’est aussi une « sorte de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriale », appuyée sur la confiance entre acteurs qui a été récompensée.

Célébrer l’innovation locale et européenne

Après avoir récompensé l’innovation en formation sous l’angle de l’organisme de formation, de l’entreprise et de l’apprenant, la première édition des Innov’Trophées s’est intéressée aux actions conduites en Nouvelle-Aquitaine et, dans le cadre d’un partenariat avec l’agence Erasmus+ France Éducation Formation, aux projets à dimension européenne. Zoom sur ces lauréats.

100 % numérique

Catégorie spécifique réservée aux actions d’innovation-formation issues de Nouvelle-Aquitaine, région hôte de la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle (UHFP), la quatrième catégorie s’intéresse à l’ensemble des dimensions des catégories précédentes. C’est parmi dix dossiers de candidature que le projet de « La fabrique e-learning » de la Mission des offices de tourisme de Nouvelle-Aquitaine (Mona), a été distingué. Avec cet Innov’Trophée, c’est un projet 100 % numérique qui est récompensé : l’objectif est en effet de doter la région Nouvelle-Aquitaine d’un outil de production de contenus e-learning spécifiques au tourisme, dans une logique de mutualisation des ressources du secteur. Portée par la Mona, La fabrique e-learning intègre l’ensemble des partenaires dans sa gouvernance et permet de produire toutes sortes de supports (Mooc [ 3 ]Massive Online Open Course, cours massifs ouverts et en ligne., Spoc [ 4 ]Small Private Online Course ou cours en ligne collaboratif en accès réservé., modules généraux ou spécifiques, etc.). Jean-Luc Boulin, directeur de la Mona, souligne le partenariat conclu avec l’université Montaigne de Bordeaux, qui assume le rôle de prestataire technique. Coprésident du Coparef [ 5 ]Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation. Nouvelle-Aquitaine, Olivier Chabot précise, lui, que l’ensemble des projets sélectionnés feront l’objet d’une valorisation régionale dans les mois à venir.

L’innovation à l’échelle européenne

Dédiée aux projets comportant une dimension européenne, la cinquième et dernière catégorie, portée par l’agence Erasmus+ France Éducation Formation, a récompensé l’initiative Tepeb, parmi quatre dossiers présélectionnés par l’agence Erasmus+. Sa directrice, Anne-Laure Coudret-Laud, souligne l’importance de « travailler à la transversalité des domaines d’éducation ». En l’espèce, il s’agit d’une certification européenne de technicien de la performance énergétique du bâtiment (Tepeb), co-construite entre la France, l’Espagne, la Turquie et, avec un rôle de contrôle qualité, la Bulgarie. Action issue d’un partenariat trans-sectoriel financé à hauteur de 385 000 euros par Erasmus+, l’initiative est portée par le groupement d’intérêt public formation et insertion professionnelle de l’académie de Grenoble (GIP Fipag). La certification Tepeb vise à répondre au déficit de qualification sur les niveaux intermédiaires d’encadrement constaté par le Centre d’analyse stratégique et la Dares [ [Les métiers en 2015.[/footnote]. Elle innove par la mise à distance d’une partie du cursus, une « première en Europe », selon Michel Brosse, directeur du GIP Fipag.

Ce que les lauréats des Innov’Trophées disent de l’innovation

Comment les innovateurs définissent-ils l’innovation ? Pourquoi leur apparaît-il nécessaire d’innover ? Qu’est-ce qui leur semble le plus difficile ? C’est ce que nous avons demandé aux lauréats.

Pour définir l’innovation, Yann Ferguson, enseignant-chercheur à l’Icam de Toulouse, lauréat dans la catégorie des actions conduites par les organismes de formation, renvoie au processus d’accompagnement qui va permettre de passer de l’idée au produit ou service : « C’est ce qui traduit ce passage d’une découverte, d’une invention, à une nouvelle norme, un nouveau produit, service ou process. » On retrouve cette idée de l’aboutissement du processus d’innovation dans une réalisation concrète chez Jean-Luc Boulin, directeur de la Mission des offices de tourisme de Nouvelle-Aquitaine[ 6 ]Lauréat dans la catégorie « Valorisation régionale de l’innovation formation en Nouvelle-Aquitaine »., selon qui l’innovation est « une invention qui a trouvé son usage ». Pour Arnaud Habert, directeur général délégué de Vinci Insertion Emploi, c’est « un regard nouveau, différent à une situation établie afin de l’améliorer dans un objectif de progrès ». Même évocation de la posture par Samuel Barreau, responsable des ressources humaines région Nord du groupe Bouyer-Leroux, représentant du réseau Transcompétence aux Innov’Trophées[ 7 ]Lauréat avec le projet Batistyl dans la catégorie « Accompagnement de la personne dans le cadre de l’ingénierie de parcours »., pour qui l’innovation se définit comme la capacité d’« être agile, ouvert, de changer son regard, son approche pour de nouvelles solutions ».

Pourquoi innover ?

La nécessité de l’innovation répond, elle, à un triple impératif : d’abord, apparaît une nécessité de répondre à l’accélération des mutations ; est ainsi évoqué par Jean-Luc Boulin un risque de « recul » pour ceux qui ne se mettent pas en mouvement dans un « monde qui tourne vite ». Vient ensuite l’ambition d’apporter une réponse appropriée à l’expression de besoins non satisfaits : « Avec ses partenaires[ 8 ]SimSoft Industry et Virtual IT., l’Icam a dû innover car le besoin identifié chez les industriels, à savoir faciliter la transmission au novice du savoir-faire tacite incorporé dans le geste métier d’un expert, n’était pas correctement adressé », explique Yann Ferguson. Enfin, il peut s’agir d’éclairer une situation complexe, comme chez Vinci, où Arnaud Habert explique qu’alors que « les capacités et les compétences sont au centre de toutes les activités humaines, nous nous apercevons que les façons de les définir appartiennent à chacun : entreprises et groupes sociaux, à celui qui les exerce comme à celui qui les gère ». D’où la nécessité pour le groupe Vinci d’« apporter une vision simple et surtout partagée de ces notions, afin de pouvoir mieux définir les notions d’employabilité ».

Ce qui est difficile

Indispensable et bénéfique lorsqu’elle est réussie, l’innovation n’en est pas moins difficile à déployer. D’abord parce que « chaotique, incertain et très risqué », le monde de l’innovation fait « vivre l’incertitude des fins et des moyens, [là où] le monde organisé est rassurant », analyse Yann Ferguson. Pour lui, une deuxième difficulté provient de la nécessité de s’inscrire dans un collectif d’acteurs, ce qui « nécessite beaucoup d’efforts de compréhension mutuelle », reconnaît-il, mais permet aussi d’« aller plus loin ! » À condition toutefois de parvenir à normaliser l’innovation, estime Arnaud Habert : « La principale difficulté est de casser les représentations pour reconstruire un modèle qui obtient l’adhésion du plus grand nombre. » Enfin et pour Samuel Barreau, l’innovation a à voir avec la transgression : il faut « s’autoriser à sortir du cadre ». Et pour cela, il ne faut ni « avoir peur de se tromper », ni craindre la « culture de l’échec », ce qui reste « encore culturellement difficile à admettre dans l’économie traditionnelle ou publique », conclut le directeur de la Mission des offices de tourisme de Nouvelle-Aquitaine.

Les ressources documentaires de la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle (département Documentation de Centre Inffo) :

dossier documentaire

webographie

Notes   [ + ]

1. Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle.
2. Forum français des acteurs de la formation digitale.
3. Massive Online Open Course, cours massifs ouverts et en ligne.
4. Small Private Online Course ou cours en ligne collaboratif en accès réservé.
5. Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation.
6. Lauréat dans la catégorie « Valorisation régionale de l’innovation formation en Nouvelle-Aquitaine ».
7. Lauréat avec le projet Batistyl dans la catégorie « Accompagnement de la personne dans le cadre de l’ingénierie de parcours ».
8. SimSoft Industry et Virtual IT.

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