Plaidoyer pour l’ingénierie tutorale (Jacques Rodet)

Par - Le 16 janvier 2017.

Artisan de la reconnaissance du métier de tuteur à distance, Jacques Rodet publie un livre qui synthétise ses réflexions en matière d’ingénierie tutorale. Objectif ? Apprendre à « définir, concevoir, diffuser et évaluer les services d’accompagnement des apprenants d’un digital learning ».

Le fondateur du réseau de tutorat à distance (T@D) propose dans une première partie de revenir sur les principales notions qui viennent justifier la « nécessité de l’ingénierie tutorale ». Pour l’auteur, le constat est simple : parce que toute formation demeure le fruit d’une rencontre, sans tutorat, les formations digitales courent à l’échec. Pour cette même raison, l’ingénierie tutorale ne se laisse pas aisément modéliser, en ce sens qu’elle relève essentiellement d’un « processus itératif et récursif ». Mais attention, cela ne signifie pas pour autant que l’action tutorale se réalise « au fil de l’eau », elle doit au contraire être pensée, sélectionnée et ajustée aux besoins des apprenants, délivrée par des professionnels formés à cet effet. Pour les concepteurs de dispositifs e-learning et les acheteurs, cela signifie aussi qu’un coût de fonctionnement est à prévoir.

Après avoir défini les différents types d’ingénieries tutorales, une deuxième partie s’intéresse aux pratiques. L’apport de Jacques Rodet est ici de montrer que la relation tutorale représente un intérêt pédagogique qui n’est pas toujours bien compris des apprenants eux-mêmes. Certains ont pu en effet venir à la formation à distance pour échapper au cadre collectif que le tutorat vient réintroduire. D’où l’importance soulignée par l’auteur de mieux expliquer les objectifs du tutorat en début de parcours et d’associer les apprenants à la définition des services rendus. Concepteurs et financeurs pourront s’appuyer sur la formule de calcul du temps tutoral que l’auteur propose pour adapter les durées aux objectifs des dispositifs. Jacques Rodet distingue à cet égard les notions d’individualisation – qui « permet d’adapter les interventions tutorales à des publics présentant des caractéristiques communes » — et de personnalisation, qui vise, elle, à prendre en compte « les caractéristiques de l’apprenant concerné ». À partir d’entretiens avec des apprenants, l’auteur s’emploie également à définir quatre catégories d’intervention tutorale (« périphérique », « redondante », « idéale », « opérationnelle ») destinées à alimenter une « matrice d’opérationnalité ».

Consacrée au tutorat dans les Mooc, la dernière partie permet de pointer l’un des effets majeurs des dispositifs non accompagnés : le taux d’abandon, qui dépasse aujourd’hui fréquemment les 90 %. Bien sûr, le tutorat ne se décrète pas et les Mooc soulèvent de nombreuses questions qui n’ont pas échappé à Jacques Rodet : « L’arrivée, via les MOOC, de nouveaux acteurs […] ne possédant pas la mémoire de la formation à distance ne favorise-t-elle pas l’oubli de la nécessité première de l’accompagnement ? » ; « La focalisation sur la construction et la gestion des Mooc n’est-elle pas comparable à celle sur la technique et les outils qu’ont connue les premières FOAD ? » ; « Les apprenants [ne sont-ils pas] promus autonomes dans leurs apprentissages du seul fait qu’ils s’inscrivent à un Mooc ? » ; « La gratuité consubstantielle aux Mooc n’est-elle pas un handicap au développement des services d’accompagnement ? » Sans ignorer toutes ces questions, Jacques Rodet n’en conteste pas moins le mythe de « l’autoportance des ressources » et propose d’expérimenter au sein des Mooc la notion selon lui prometteuse de « réseau social d’apprentissage ».

  • L’ingénierie tutorale – Définir, concevoir, diffuser et évaluer les services d’accompagnement des apprenants d’un digital learning. Jacques Rodet, illustré par Béatrice Lhuillier, JIP Editions, 2016 : https://sites.google.com/site/ingenierietutorale/

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