Le monde de la tech est encore très masculin, alors même que ces technologies sont ou seront utilisées par des femmes.

Féminisation de la tech : accompagner celles qui souhaitent passer de l’idée a l’action

Ne pas faciliter la féminisation des métiers et filières technologiques et scientifiques, c’est se priver d’une réserve énorme de talents et de compétences, et prendre le risque de construire des produits mal étudiés pour 50 % de l’humanité.

Par - Le 19 juillet 2022.

“Je dédie ma nomination de Première ministre à toutes les petites filles : rien ne doit faire cesser le combat pour la place des femmes dans notre société”, a déclaré Élisabeth Borne lors de sa passation de pouvoirs avec Jean Castex. L’ancienne ministre du Travail, polytechnicienne, connaît bien la problématique de la faible féminisation des filières et métiers de la technologie en France. Et son appel à l’épanouissement des petites filles dans la société française, au sens large, rappelle que la féminisation des métiers scientifiques et technologiques est une nécessité. Et qu’elle est en retard.

“Le monde de la technologie est aujourd’hui un monde très et trop masculin, pensé par des hommes, alors même que toutes les technologies sont ou seront utilisées par 50 % de femmes, estime Svenia Busson, co-fondatrice de EdTech France et présidente de EdTech Europe. Il y a des biais masculins partout. C’est pourquoi il faut faciliter la création d’équipes mixtes, complémentaires, inclusives, dans les entreprises de la tech.”

“Dans le monde de la formation, il y a beaucoup de femmes sur les contenus, mais peu sur les technologies pures”, confirme Noria Larose, créatrice de Nell & Associés, cabinet conseil en formation et organisme de formation sur mesure (1 million de chiffre d’affaires, 15 salariés).

L’attractivité des filières

“Ce n’est pas une discrimination envers les femmes qui explique leur absence dans certains secteurs et métiers, mais plutôt leur manque d’envie d’y aller”, estime Sonia Lévy-Odier, créatrice de Skillandyou, société de formation à distance avec accompagnement (200 millions d’euros de vente, 1 200 salariés), et membre du bureau de EdTech France depuis octobre 2020. Elle ajoute : “Faire des quotas au niveau des promotions d’études serait une très mauvaise idée. Il faut travailler l’attractivité des filières auprès des filles, ce qui implique de parler vrai, surtout dans l’enseignement supérieur : supprimer les filières qui n’offrent pas de débouchés et éviter la frustration des bachelier(e)s sans emploi.”

Guide des bonnes pratiques

“Il nous faut poursuivre la lutte contre les stéréotypes partout”, confiait récemment Agnès Pannier-Runacher, alors ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l’Industrie, qui fixait la feuille de route 2022 du Conseil pour la mixité dans l’industrie :

  • publier une version internationale du Guide des bonnes pratiques innovantes pour la mixité en entreprise ;
  • accompagner les écoles d’ingénieurs pour desserrer les goulets d’étranglement qui limitent les candidatures de jeunes femmes ;
  • ou encore, valoriser les femmes du réseau IndustriElles.

Labellisation de l’Éducation nationale

L’Éducation nationale est consciente de son rôle. En 2021-2022, un plan “Les maths, c’est pour toutes et tous” a été lancé. Et lors de la journée “Femmes et maths”, une vidéo présente des jeunes femmes ayant fait le choix d’une carrière à coloration numérique. “Mais il faut aller plus loin”, explique Rachel-Marie Pradeilles-Duval, responsable du Service de l’instruction publique et de l’action pédagogique à la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGesco). À la rentrée 2022, un label des établissements qui valorisent les activités mises en place pour lever les stéréotypes sur les métiers et les formations sera mis en place (voir).

Former les formateurs

L’EdTech poursuit aussi son programme de soutien en financement et conseil aux entrepreneuses du secteur, au travers du programme Fellowship, accueillant 15 femmes entrepreneures durant quinze mois, de 11 pays différents, pour des ateliers de deux heures par mois, sur les stratégies ou les produits. La première promotion a été lancée en janvier 2022, avec 14 femmes, la seconde ouvrira en juillet. “Je rêve que des cours de littératie numérique soient donnés aux jeunes comme aux enseignants, confie Svenia Busson, présidente d’EdTech Europe. Pour expliquer internet et sa technologie, pour lutter contre les peurs, pour apprendre à créer, et non pas être seulement un consommateur. Il faut montrer que la technologie est un vrai pouvoir. Il ne faut pas commencer par penser matériel, mais formation et formation professionnelle !”

Financer les entrepreneures

De son côté, Willa, association créée par 17 femmes portant le projet d’atteindre la parité entrepreneuriale dans la tech, continuera d’accompagner celles qui souhaitent passer de l’idée à l’action, et de sensibiliser les pouvoirs publics et les grands groupes. “En France, seulement 10 % des entrepreneurs de la tech sont des femmes, constate la déléguée générale de Willa, Flore Egnell. Mais, en 2005, elles n’en représentaient que 5 %.”

De même, le collectif Sista lutte pour la valorisation des entrepreneuses de la tech : 56 fonds de capital-risque et 22 fonds de capital-risque corporate ont signé la charte Sista, les engageant à financer 25 % de start-up (co)fondées par des femmes à horizon 2025. De quoi donner un peu d’espoir au vœu d’Élisabeth Borne.

 

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