Les territoires apprenants : une approche écologique de la formation (Denis Cristol, 2/2)

Suite et fin de notre série consacrée à l’ouvrage sur les territoires apprenants de Denis Cristol, chercheur associé à l’équipe apprenance de Paris-Nanterre et directeur Innovation et pédagogie de l’Association Progrès du Management. Pour l’auteur, passer de la notion d’environnement à celle de milieu apporte un sens nouveau à l’apprentissage. Article et vidéos pour mieux comprendre.

Par - Le 31 mars 2021.

Lire Les territoires apprenants, c’est s’embarquer pour un voyage passionnant, « tentative de stimuler nos imaginations, de décrire des pratiques et des questions clés pour réussir à coopérer et apprendre ensemble de façon formelle ou informelle, quel que soit notre âge à la ville comme à la campagne ».

Notion polysémique s’il en est, le territoire est à la fois réalité géographique et ensemble social. En tant que tel, il est construction culturelle et héritage historique. Le territoire physique s’aménage, le territoire social s’envisage dans ses potentialités de développement de ses habitants.

Dans cette perspective, le formateur continue de jouer un rôle prépondérant. En se faisant médiateur, non plus des contenus, mais du regard porté sur le paysage, il nous aide à rendre le territoire apprenant.

Pourquoi le paysage est-il facteur d’apprenance ?

À condition de relier développement humain et préservation des écosystèmes, les processus de transformation en cours portent une forte ambition écologique. « Si les territoires apprenants ont un sens, c’est de réintroduire l’homme dans la nature et la nature dans l’homme. »

À rebours de la conception occidentale d’environnement, Denis Cristol invite à nous réinscrire dans des paysages-milieux. Avec leur imaginaire, les acteurs peuvent se projeter dans l’histoire du territoire et, en se connectant les uns aux autres, voir plus grand.

Quelle est la dimension écologique du territoire apprenant ?

Le territoire apprenant étudié par Denis Cristol à partie liée avec une « utopie éducative et politique »[ 1 ]Bernard Bier, cité par l’auteur, Territoire apprenant : les enjeux d’une définition, Spécificités, n° 3, 2010, pp. 7-18.. L’auteur assume porter « une philosophie et une envie coopérative pour s’appuyer sur les individus et les communautés humaines, principales ressources des territoires ».

Manière de préciser d’emblée que le territoire apprenant ne se décrète pas, car s’il suppose des « effets d’organisation », il en appelle aussi à « l’imagination » : « Les territoires se génèrent d’eux-mêmes à la condition de coopération entre les acteurs qui y vivent, d’une part, et d’alignement entre les différents niveaux qui le composent (individus, communautés, institutions), d’autre part. »

Parce que le territoire apprenant est celui de l’apprendre ensemble, l’ambition de l’auteur est avant tout de « comprendre où se situe cette envie d’apprendre ensemble, dans quel contexte elle se développe ou bien s’étiole et la façon de la favoriser entre usages naissants et imaginaires ».

À lire aussi : Territoires apprenants : la formation comme projet de société (Denis Cristol – 1/2)

SI C’ÉTAIT…

Les Territoires apprenants est un livre d’ouverture qui stimule l’imaginaire. Alors, si c’était… :

  • Un roman : Starlight, de l’écrivain amérindien Richard Wagamese, récit qui donne à voir une vision non occidentale de la nature, où les êtres humains ne sont ni extérieurs, ni au centre, juste une composante. Se réinscrire dans cette perspective est source d’apaisement et de confiance retrouvée, facteurs d’insertion.
  • Une BD : Les murailles de Samaris, de Benoît Peeters et François Schuiten, qui donne le rôle central à la ville. Véritable cité vivante, Samaris explore la dimension organique du bâti, mais ici sous forme de dystopie…
  • Un festival : Au bonheur des mômes, événement estival créé par Alain Benzoni il y a bientôt trente ans, déployé sur l’ensemble du territoire du village de montagne du Grand-Bornand (74), avec une forte implication bénévole.
  • Un spectacle : La Fabrique Opéra Grenoble, concept d’opéra participatif créé par le chef d’orchestre Patrick Souillot. La démarche consiste à intégrer des jeunes en cours de formation, d’origines diverses et de tous niveaux, et à les faire travailler sous la direction d’une équipe artistique professionnelle. Investis dans un projet dont ils sont réellement acteurs, les jeunes apportent leurs compétences, leur créativité, leur dynamique, leur diversité. La dimension artistique et culturelle permet à chacun de se surpasser dans un projet coopératif où l’exigence d’une situation réelle de production engage la responsabilité de chacun.
  • Une ville : entre autres initiatives, Denis Cristol cite Mantes-la-Jolie (78) et Évry-Courcouronnes (91), toutes deux membres du Réseau mondial Unesco des villes apprenantes. L’enjeu est d’améliorer la résilience de territoires confrontés au chômage et à de faibles niveaux de qualification, par une valorisation collective des démarches apprenantes.
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Notes   [ + ]

1. Bernard Bier, cité par l’auteur, Territoire apprenant : les enjeux d’une définition, Spécificités, n° 3, 2010, pp. 7-18.

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