Apprentissage à distance : l'Igas pointe des fragilités du CFA Iscod sans relever d'infractions
Publié en janvier, un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) analyse le modèle du CFA (centre de formation d'apprentis) à distance Iscod, figure de la filière Edtech de l'apprentissage. S'il pointe des fragilités organisationnelles et formule 18 recommandations, le rapport ne constate ni fraude ni manquement au Code du travail, dans un contexte de forte tension sur la régulation des CFA digitaux.
Par Catherine Trocquemé - Le 11 février 2026.
Depuis la réforme de 2018, la libéralisation de l'apprentissage a profondément transformé le paysage des centres de formation. À côté des acteurs historiques, de nouveaux CFA, souvent adossés à des entreprises de l'Edtech et reposant sur des modèles 100 % digitaux, ont connu une croissance rapide, accélérée par la crise sanitaire. Cette montée en puissance n'a pas été sans susciter interrogations et controverses (voir notre article), notamment autour de leurs modèles économiques, de leurs marges et de la qualité des prestations financées par des fonds publics ou mutualisés. C'est dans ce climat de régulation renforcée ( voir notre article) que s'inscrit le rapport de l'Igas consacré au CFA Iscod.
Un développement rapide au sein d'un groupe en forte croissance
Créé en 2020, Iscod appartient au groupe Oktogone, aux côtés de Visiplus. Issu du digital learning, le groupe a connu une trajectoire de croissance soutenue, portée par le CPF, l'ouverture du marché de l'apprentissage et les usages à distance. Son rapprochement avec AD Education en 2022 ( voir notre article) marque une nouvelle étape stratégique. L'Igas relève que cette dynamique s'est traduite par une multiplication des entités juridiques et des mutualisations de moyens humains et techniques. Une organisation jugée par la mission « enchevêtrée », qui nuit à la lisibilité financière du seul périmètre Iscod, sans qu'aucune irrégularité ne soit constatée. Le rapport souligne une croissance de l'activité du CFA de plus de 42 % entre 2023 et 2024, pour un bénéfice de 5,7 % sur la période.
Des faiblesses identifiées, sans remise en cause du cadre légal
Si l'Igas ne relève pas d'infractions aux exigences réglementaires, elle pointe plusieurs axes d'amélioration. Les niveaux de réussite aux examens sont jugés insuffisants au regard des standards attendus. L'Igas recommande notamment de renforcer la cohérence entre les offres d'emploi en alternance diffusées par Iscod et les certifications effectivement préparées, ainsi que de structurer davantage le pilotage pédagogique, par exemple via la désignation de coordinateurs par certification. La mission invite également à améliorer l'organisation administrative et la gestion des ressources humaines, et à clarifier la structuration juridique du groupe afin de renforcer la lisibilité de son fonctionnement.
Au-delà du seul cas Iscod, ce rapport illustre les tensions qui traversent aujourd'hui le marché de l'apprentissage à distance. Entre exigences accrues de qualité, impératifs de transparence financière et modèles économiques hybrides mêlant formation, plateformes et services, les nouveaux entrants de l'Edtech bousculent les cadres d'analyse traditionnels. Une complexité qui interroge, en creux, la capacité de la comptabilité analytique telle qu'elle est aujourd'hui remontée à France compétences à refléter fidèlement la réalité économique de ces acteurs en pleine mutation.


