CFA : la bataille de la qualité pour survivre à la crise

Confrontés à une baisse inédite du nombre de contrats et à des marges qui fondent de 10 à 25 %, les centres de formation d'apprentis (CFA) entrent en zone de turbulences. Face au risque de fermetures en série, l'heure est à la mutualisation et à la résistance par la qualité.

Par - Le 09 avril 2026.

La période d'euphorie est bel et bien révolue. En 2025, le nombre de contrats d'apprentissage a reculé pour la première fois depuis la réforme « fondatrice » de 2018. L'année 2026 pourrait marquer une rupture majeure, entre jeunes peinant à trouver un employeur et centres de formation d'apprentis (CFA) fragilisés. Les raisons de ce retournement sont doubles. D'un côté, une contraction des recettes : les niveaux de prise en charge (NPEC) versés par France compétences sont revus à la baisse de manière répétée. De l'autre, des charges incompressibles qui explosent : inflation, coûts énergétiques et revalorisations du SMIC impactant directement la rémunération des apprentis.

Puiser dans la trésorerie pour survivre

Pour Jean-François Audrain, président de la FNADIR (Fédération nationale des directeurs de CFA), le diagnostic est sévère. « Les structures ne sont plus simplement non rentables, elles puisent dans leur trésorerie pour survivre. Avec des marges par contrat en chute de 10 à 25 % selon les niveaux, la situation devient intenable », alerte-t-il. Les chiffres confirment l'urgence : selon France compétences, 20 % des CFA affichaient des résultats nets négatifs en 2024. Les projections pour 2025-2026 portent ce chiffre à près de 50 %. Déjà, certains établissements font l'objet de procédures de sauvegarde ou de liquidations. Directrice générale du CFA Formasup Méditerranée, Danielle Sionneau s'inquiète de cette baisse de financement couplée à des exigences croissantes. « On nous demande de faire plus de qualité avec moins de moyens. Les contrôles se renforcent avec des référentiels toujours plus exigeants. C'est ce qu'on appelle les injonctions contradictoires », déplore-t-elle. Le contexte réglementaire n'aide pas.

Adaptation des modèles

Depuis le 1er juillet 2025, les employeurs d'apprentis en niveaux 6 ou 7 (Bac+3 à Bac+5) doivent s'acquitter d'une participation forfaitaire de 750 euros. Mais l'effet est pervers : de nombreux CFA renoncent à facturer ce reste à charge pour ne pas faire fuir leurs entreprises partenaires, amputant davantage leurs marges. Face à l'urgence, les modèles s'adaptent. La massification devient le premier levier : en dessous de 12 à 15 apprentis par section, ouvrir une formation génère systématiquement un déficit. La mutualisation des fonctions support et le numérique complètent l'arsenal. Danielle Sionneau mise sur la « qualité de terrain » pour se démarquer : cours en présentiel, diplômes nationaux, suivi rigoureux de l'assiduité et visites régulières en entreprise. « Une entreprise recrute un apprenti parce qu'elle attend un profil de bon niveau, bien accompagné », martèle-t-elle.

Mutualisation des moyens

Son modèle repose aussi sur la mutualisation des moyens entre plusieurs grands établissements (universités, écoles d'ingénieurs, Sciences Po), permettant de préserver les fonds destinés à la pédagogie. Pour la FNADIR, sans une sécurisation rapide des niveaux de prise en charge, une vague de fermetures est inévitable, frappant d'abord les structures rurales. Malgré ce tableau sombre, Danielle Sionneau refuse le pessimisme : « On continue, en bataille, parce qu'on est persuadés qu'il faut continuer. Nous avons une stratégie pour résister, et nous ne lâcherons rien sur la qualité. »