Himanshu Palsule, dirigeant de Cornerstone OnDemand.

Himanshu Palsule, dirigeant de Cornerstone OnDemand.

Étude sur l'IA en entreprise aux États-Unis et au Royaume-Uni : grand écart entre les intentions et la réalité

L'intelligence artificielle en entreprise... vue d'ailleurs. Une étude menée par l'éditeur de logiciels Cornerstone OnDemand auprès de 2 000 salariés aux États-Unis et au Royaume-Uni révèle l'absence fréquente de stratégie des employeurs sur la question. Deux salariés sur trois développent leurs compétences en IA, oui - mais sur leur temps personnel.

Par - Le 16 juillet 2026.

Cornerstone OnDemand, éditeur de la plateforme Cornerstone Workforce AI (qui vise à transformer la gestion des RH et de la formation en un système prédictif), a publié le 23 juin les résultats d'une étude sur la vitesse d'adoption de l'intelligence artificielle dans les organisations. Menée en avril 2026 auprès de 2 000 salariés aux États-Unis et au Royaume-Uni, elle révèle que le développement des compétences liées à l'IA repose en grande partie sur l'improvisation et l'initiative personnelle des salariés, faute de programmes de formation structurés et de communication transparente de la part des employeurs.

Un déficit criant de formations

Le constat principal de l'étude montre un décalage entre les orientations stratégiques affichées par les directions et l'accès réel à la formation professionnelle. Si les trois quarts des salariés interrogés estiment que leur direction a identifié les compétences IA nécessaires à la stratégie de l'entreprise, ils ne sont que 33 % à déclarer que cette réflexion s'est traduite par de véritables programmes de formation. De plus, 46 % des employés utilisent des outils d'IA tout en signalant qu'ils ne bénéficient d'aucune formation dédiée de la part de leur employeur.

Les salariés déploient des stratégies d'adaptation individuelles : 65 % développent leurs compétences en dehors du cadre professionnel et sur leur temps personnel afin de maintenir leur compétitivité. Sur le terrain, l'apprentissage se fait par essais et erreurs pour 47 % des répondants. 36 % limitent volontairement leur usage pour éviter les erreurs et 17 % prétendent simplement utiliser ces technologies.

Globalement, 56 % des salariés se trouvent aujourd'hui sans trajectoire claire de développement pour ces compétences. Cette situation peut s'expliquer par un défaut de communication, puisque seulement 36 % des sondés jugent le plan de montée en compétences de leur entreprise correctement communiqué.

La perception des compétences

L'étude met également en avant la manière dont les salariés appréhendent la notion de “compétence IA". Pour une grande majorité, ces compétences sont avant tout perçues sous un angle fonctionnel et pratique. Les salariés citent la réalisation de tâches plus rapidement (30 %), l'utilisation d'outils spécifiques au métier (26 %) et la rédaction de prompts efficaces (26 %). Les dimensions plus théoriques ou stratégiques sont moins citées : l'évaluation critique des résultats produits par l'IA (22 %), la gestion des risques (19 %), ou la transformation des méthodes de travail (13 %). Un salarié utilisateur sur dix se déclare même incapable de définir ce qu'une “compétence IA" signifie concrètement pour son métier...

Reste que, lorsqu'ils se projettent sur le long terme pour leur carrière, les actifs accordent une importance prioritaire aux compétences proprement humaines. L'esprit critique et le jugement (26 %), la créativité et la résolution de problèmes (26 %), ainsi que la résilience et l'adaptabilité (23 %) devancent largement la maîtrise des prompts et des outils d'IA (16 %) ou les connaissances techniques pures (12 %).

Scepticisme managérial

Le manque de soutien engendre un scepticisme marqué envers le discours des dirigeants : 47 % des salariés utilisateurs de l'IA s'en méfient. Ils pointent un manque de crédibilité concernant la capacité de l'IA à enrichir leur rôle, ou craignent le remplacement de collègues. Seul un salarié sur six pense que l'IA viendra enrichir son poste.

Cette transformation impacte directement les rôles professionnels. Pour 30 % des répondants, l'IA a déjà transformé leur métier, que ce soit par une évolution des responsabilités ou par un changement complet des compétences requises sans reconnaissance formelle. Au final, 20 % des salariés doivent désormais utiliser l'IA sans aucune indication sur l'impact attendu sur leur fonction.