Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail.

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail.

Jean-Pierre Farandou annonce le lancement d'une « stratégie jeunes » en mai 

Devant les sénateurs, le ministre du Travail a défendu une feuille de route sous contrainte, entre économies budgétaires, ajustements de l'apprentissage et volonté d'accélérer l'accès des jeunes à l'emploi. Il s'apprête à déployer une « stratégie jeunes » avec un accent particulier sur l'orientation.

Par - Le 13 avril 2026.

L'efficience et le bon usage de l'argent public sont les deux priorités que défend le ministre du Travail et des Solidarités dans sa feuille de route. Dans cet esprit, il a déjà engagé au Parlement deux textes destinés à contribuer au redressement des finances sociales : le projet de loi contre la fraude sociale et fiscale, et celui qui transpose l'accord des partenaires sociaux sur les ruptures conventionnelles.

C'est également dans cette logique qu'il entend « débroussailler avant l'été » les contours du budget et du PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale) pour 2027. Un exercice qui s'annonce délicat, marqué à la fois par le contexte économique incertain, les répercussions de la guerre en Iran, et l'approche de l'élection présidentielle. « Cela va rendre plus difficile les convergences sur le budget », a-t-il reconnu devant la commission des affaires sociales du Sénat, le 9 avril 2026, évoquant une tonalité générale placée sous le signe de « l'effort ».

Mettre l'accent sur l'orientation

Parmi ses priorités pour les prochains mois figure la baisse du chômage des jeunes et l'augmentation de leur taux d'emploi. Une « stratégie jeunes » doit être lancée début mai, avec un accent particulier sur l'orientation, « encore un vrai problème dans notre pays », insiste Jean-Pierre Farandou. L'objectif : renforcer les liens entre les entreprises et le monde éducatif, poursuivre la réhabilitation des métiers manuels et convaincre les jeunes filles que les métiers ne sont plus genrés. Le développement du cumul emploi-études dans de bonnes conditions fait également partie des axes retenus. Cette stratégie sera pilotée à l'échelle interministérielle, en lien notamment avec l'Éducation nationale, l'Enseignement supérieur ou encore avec le logement pour lever les freins périphériques à l'emploi.

Pour le ministre, une orientation réussie passe aussi par une meilleure information des jeunes et de leurs familles sur les opportunités offertes par les secteurs stratégiques pour la souveraineté du pays. En visite chez Dassault Aviation le 2 avril, il a ainsi « lancé un appel aux jeunes pour qu'ils choisissent les métiers de l'industrie ». Afin d'aider le secteur de la défense à recruter les compétences dont il a besoin - de la mécanique à la cybersécurité en passant par la chaudronnerie - le directeur de France Travail est désormais épaulé par une générale de l'armée de terre, Dominique Vitte. Une démarche similaire est engagée dans le secteur des énergies vertes, avec le recrutement prochain d'un ingénieur spécialisé dans les énergies et le nucléaire.

Aide aux employeurs d'apprentis : « L'effort qui devait être fait a été fait »

Sur le front de l'apprentissage, le ministre rappelle sa contribution au redressement des finances publiques. L'enveloppe de l'aide aux employeurs d'apprentis a ainsi été réduite de près d'1 Md€ entre 2025 et 2026, passant de 3,4 Md€ de crédits de paiement en 2025 à 2,5 Md€ en 2026. « L'effort qui devait être fait a été fait ; on n'est pas loin d'un effort maximal », souligne-t-il, tout en évitant de préjuger du futur débat budgétaire.

Interrogé sur la révision régulière des niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage (NPEC) – la nouvelle vient d'être lancée par France compétences et doit aboutir en juillet –, qui suscite des inquiétudes dans les centres de formation d'apprentis de certains secteurs professionnels, Jean-Pierre Farandou se veut rassurant : « Les moyens ont été largement préservés, avec 7,2 Md€ prévus pour 2026, soit un tout petit ajustement par rapport à 2025, dans le contexte que l'on connaît ». Il se dit toutefois ouvert aux discussions en cours dans le cadre de la nouvelle révision et confiant dans la capacité des acteurs à « converger », même sur « une base un peu tenue ». Des gains d'efficience sont également attendus du côté des opérateurs de compétences (Opco), dans le cadre de leurs conventions d'objectifs et de moyens.

Engager une réflexion sur la gouvernance de France compétences

Enfin, la gouvernance de France compétences suscite des interrogations. La sénatrice de l'Isère, Frédérique Puissat juge cet établissement plus étatique que tripartite, « où les branches et les partenaires sociaux ont insuffisamment leur place ». Le ministre du Travail dit partager en partie ces critiques. « France compétences n'est pas l'agence qui me convient le plus. Elle souffre d'une gouvernance ambigüe », reconnaît-il.

Sensible aux remontées de certaines branches - notamment la métallurgie qui conteste l'insuffisance des dotations qu'elle reçoit par rapport au montant de ses cotisations - il estime qu'une réflexion doit être engagée pour accorder davantage de place aux partenaires sociaux dans la gouvernance de France compétences.

Pour écouter l'intégralité de l'audition de Jean-Pierre Farandou.