Un LMS capacitant prend en compte à la fois ce que l’individu est capable de faire et les possibilités qui lui sont offertes.

LMS capacitants : des clés de conception

Nombreuses seraient les qualités des logiciels de gestion de l'apprentissage (LMS1). Cependant, il ne suffit pas de les mettre à disposition des apprenants pour qu'ils en bénéficient. Trois chercheures, en pédagogie et ergonomie, proposent des clés pour la conception de LMS capacitants.

Par - Le 12 juin 2026.

Les logiciels de gestion de l'apprentissage (LMS1) faciliteraient l'accès aux ressources éducatives de manière Atawad2, encourageraient la collaboration et les interactions entre les apprenants, offriraient une flexibilité temporelle et spatiale et s'adapteraient aux besoins variés des apprenants (personnalisation, individualisation). De plus, le développement récent de l'IA semble promettre de galvaniser le potentiel des LMS. Cependant, il ne suffit pas de mettre les LMS à disposition des apprenants pour que ces derniers bénéficient de tous ces avantages. C'est ce qu'exposent trois chercheures : Lucie Cuvelier, en sciences de psychologie et ergonomie, Solveig Fernagu, en sciences de l'éducation et de la formation, et Marion Paggetti, en sciences de l'éducation, dans un article paru récemment, au sein d'un ouvrage qui questionne les LMS dans l'enseignement supérieur.

Au moyen de la pédagogie et de l'ergonomie, elles proposent de repenser la mise en capacité à apprendre dans les environnements de formation : ici, les LMS. L'articulation de ces deux disciplines leur a permis de faire émerger des clés pour concevoir des LMS capacitants3. Ces chercheures entendent par là un environnement de formation numérique qui prendra en compte “à la fois ce que l'individu est capable de faire et les possibilités qui lui sont offertes pour développer ses compétences". Autrement dit, un LMS qui favorise la personnalisation des parcours de formation4. Ainsi, pour concevoir des LMS capacitants, les chercheures proposent trois critères de conception : 1/ la liberté d'apprendre, 2/ l'autonomie et le choix, et 3/ la participation active des apprenants et des enseignants dans une conception par et dans l'usage. La présentation de ces clés de conception sera l'objet de cet article.

Liberté d'apprendre

“Les LMS, en tant qu'environnements capacitants ou favorables à la capacitation, sont à concevoir pour offrir une liberté d'apprendre", préconisent les trois chercheures. Mettre des contenus à disposition des apprenants ne suffit pas. Pour elles, “il s'agit de créer des opportunités pour les apprenants et les enseignants d'explorer, de questionner et de construire leur propre compréhension du monde". Pour cela, elles proposent aux concepteurs de faire jouer deux variables : les tâches et les ressources.

En ce qui concerne les tâches prescrites, elles conseillent, par exemple, de donner de la variabilité dans les tâches proposées, d'autoriser la confrontation avec des situations inédites, des aléas, des imprévus, et de calibrer à la fois la complexité et la charge de travail. Concernant les ressources, ces dernières représentent un levier de stimulation de la curiosité et d'encouragement de la recherche individuelle. Afin d'actionner ce levier, les chercheures proposent d'intégrer une grande variété de ressources, telles que des projets personnels, des activités d'apprentissage autonomes et des activités de production ou de réflexion.

Autonomie et choix

Les chercheures rappellent que Amartya Sen souligne l'importance de l'autonomie dans le développement des capacités. En conséquence, pour elles, un LMS capacitant devra faciliter la prise de décisions éclairées par les apprenants concernant leurs trajectoires d'apprentissage. Pour cela, ces spécialistes en ergonomie et pédagogie recommandent de concevoir des LMS dotés d'une grande flexibilité, c'est-à-dire pouvant “recouvrir différents usages auprès de publics différents". Pour y parvenir, les chercheures suggèrent d'agir sur la sphère pédagogique, mais également professionnelle.

Du côté de la pédagogie, elles suggèrent, par exemple, de donner la possibilité aux apprenants de choisir parmi une gamme de cours, de personnaliser leur itinéraire d'apprentissage ou de participer à des projets qui reflètent leurs intérêts et aspirations. Du côté professionnel, elles proposent d'inscrire les LMS dans la construction de parcours professionnels en offrant des possibilités d'évolution, ou bien d'y intégrer des espaces de débat et de réflexivité sur le travail.

Participation active

La participation active des enseignants et des étudiants sera associée en amont à la conception du LMS, dans une approche par et dans l'usage. Ce critère est “un aspect-clé de la conception de LMS capacitants", précisent les chercheures. Il s'agit d'aller au-delà des formes pédagogiques dites “actives", telles que “les forums de discussion, les projets collaboratifs et les activités interactives intégrant, par exemple, la possibilité de travailler en binôme, le tutorat, l'accompagnement, ou la participation à des groupes de travail", énumèrent les chercheures. Il s'agit également de se projeter dans un espace plus grand et de contribuer à la transformation conjointe des outils et des acteurs : les apprenants, les enseignants et les concepteurs pédagogiques.

 

  1. Learning management system.
  2. Contraction de “any time, any where, any device", qui signifie : n'importe quand, n'importe où, sur n'importe quel terminal.
  3. Le concept de capabilité est une approche développée en 2001 par Amartya Sen, économiste et philosophe indien.
  4. Dans le R&D précédent (IF n° 1095 pp. 24-25), le politiste Thierry Berthet distingue l'individualisation de la personnalisation ainsi : “La première rend les individus responsables à l'égard de leur situation et les oriente vers des besoins immédiats du marché du travail, la seconde suppose d'organiser les dispositifs de formation autour des aspirations des personnes."