Rédaction assistée par IA, (illustration ChatGPT)
Se former à l'IA pour le travail social
Comment « rester acteurs du sens dans un monde où les machines produisent du langage ? » C'est la question posée par Adrien Guionie dans son ouvrage consacré à l'impact de l'IA sur le travail social. Et plutôt que de répondre par une solution clé en main, il propose un « cadre de réflexion et d'expérimentation » pour former les professionnels.
Par Nicolas Deguerry - Le 25 juin 2026.
Assistant de travail social et formateur à l'IRTS Nouvelle-Aquitaine, Adrien Guionie s'interroge dans un ouvrage publié aux éditions Érès sur le potentiel de l'IA pour les professionnels de son secteur. Qu'est-ce que ces derniers auraient à y gagner ? La perspective de « synthétiser des données complexes, repérer des tendances invisibles à l'œil humain et proposer des solutions innovantes à des situation sociales délicates. »
Mais Adrien Guionie avertit, parce que le travail social « s'enracine dans l'incertitude, la nuance et la subjectivité », un usage sans conscience de l'IA porte en soi un « risque de transformation du réel en un récit uniformisé. » Autrement dit, la disparition de la « nuance émotionnelle », aux dépens de la compréhension du contexte, est le revers de l'apparente perfection formelle des productions de l'IA.
Une pratique réflexive
Pour le travailleur social, l'impression de facilité génère un risque de dépendance technologique et cognitive, qui peut finir par appauvrir la pratique réflexive. C'est là pour Adrien Guionie le principal écueil à éviter, dans la mesure où le « miroir réflexif » est précisément « l'un des aspects les plus prometteurs de l'IA. » Comment faire ? Se former à l'usage professionnel de l'IA, pour agir avec recul et distance critique.
En formation initiale, l'IA peut par exemple aider les étudiants à prendre conscience qu'il y a « différentes manières de formuler un même constat », de même qu'il est possible « d'explorer plusieurs hypothèses d'analyse à partir d'un même cas.» Pour former les travailleurs sociaux à l'écriture augmentée, Adrien Guionie recommande d'user d'exercices comparatifs, avec ou sans IA, et de déployer des ateliers pratiques qui permettront aux apprenants de « réécrire, nuancer et compléter des textes générés par l'IA pour conserver la voix professionnelle. »
Écriture augmentée
Ce qu'il faut retenir, c'est que « l'IA ne doit pas être utilisée pour aller plus vite mais pour mieux comprendre » : l'écriture augmentée ne devrait pas être envisagée dans une perspective de réduction du temps de travail humain, mais comme « un moyen de libérer du temps cognitif, d'optimiser la structure des rapports et de renforcer la qualité professionnelle. »
Comprendre que l'éthique de l'usage de l'IA ne se résume pas à des règles techniques, c'est s'efforcer de ne pas penser le recours à l'IA en termes de remplacement. En résumé : « l'éthique n'est pas une contrainte, c'est une boussole. »
Et plutôt que de s'en remettre au bon sens, Adrien Guionie insiste : « formation, accompagnement et régulation sont des leviers essentiels pour que l'IA devienne un outil d'augmentation professionnelle et non une source de risque ou de déresponsabilisation. »
| DÉPLOYER L'IA
Adrien Guionie propose cinq étapes de mise en œuvre de l'IA dans le travail social
|
- L'IA, un outil pour le travail social ? Manuel pratique et éthique à l'attention des professionnels. Adrien Guionie, éditions Érès, 190 p., 2026 :
editions-eres.com/ouvrage/5547/lia-un-outil-pour-le-travail-social


