Le 31 mars 2026 à Lyon, réunion annuelle des partenaires Avenir Actifs. Cindy Ailloud, psychologue du travail et conseillère Avenir Actifs à la Chambre de métiers et de l’artisanat Lyon-Rhône.
Zoom sur le métier de conseiller en évolution professionnelle
Que recouvre exactement le CEP ? Cindy Ailloud, psychologue du travail et conseillère Avenir Actifs à la Chambre de métiers et de l'artisanat Lyon-Rhône, a levé le voile lors de la rencontre annuelle des partenaires du réseau, qui s'est tenue récemment à Lyon.
Par Nicolas Deguerry - Le 30 avril 2026.
Face à des carrières qui ne sont plus linéaires, à l'allongement de la vie active et à la complexité de l'écosystème emploi-formation, les actifs dispose d'un vaste réseau d'accompagnement. Confidentiel, neutre et gratuit, le conseil en évolution professionnelle est au centre, avec plus de 190 000 bénéficiaires pour l'année 2025. Que viennent-ils chercher ? Cindy Ailloud, conseillère en évolution professionnelle à Lyon, esquisse une tendance en croissance dans un monde du travail en pleine mutation : « je reçois de plus en plus de personnes qui sont dans une situation d'urgence, qui viennent nous voir avec le besoin de bâtir rapidement un projet pour s'extraire d'une situation qu'ils qualifient de toxique. »
Les parcours sont variés mais un fil rouge se dessine. Beaucoup de bénéficiaires témoignent d'une intensification de leur charge de travail, souvent due à des réductions d'effectifs, et ressentent un fort sentiment d'isolement. Ces situations mènent fréquemment à des problématiques d'usure professionnelle et de santé mentale, que les conseillers doivent prendre en compte. « Ils sont souvent en demande de prendre du recul sur leur situation, de sécuriser leur parcours alors même qu'ils sont parfois en poste depuis de nombreuses années », précise Cindy Ailloud.
Écoute, stratégie et partenariat
Au-delà de l'urgence, le métier de conseiller CEP consiste à répondre à une « demande singulière. » L'accueil est inconditionnel : chaque personne est entendue, quelle que soit sa situation, et peut mobiliser le service gratuitement, quand elle le souhaite et aussi longtemps que nécessaire. Le rôle du conseiller est d'aller au-delà de la demande initiale. « Le but, c'est de répondre à un besoin qui va souvent bien au-delà de ce qui est dit en première instance », explique la conseillère.
Pour y parvenir, le CEP s'appuie sur une large palette d'outils : enquêtes métiers, immersions professionnelles, tableaux de bord d'aide à la décision, ou encore tests pour cerner les motivations et centres d'intérêt. Des plateformes numériques comme Diagoriente ou Parcouréo sont également mobilisées pour aider à l'identification des compétences et des pistes métiers.
Cependant l'outil le plus puissant reste le travail partenarial, qui se matérialise par des rencontres, une présence sur des forums et la participation à des actions de professionnalisation continue. Connaître les acteurs de la formation, de l'emploi et les dispositifs existants est fondamental : « cela permet de fluidifier les parcours et de les structurer au mieux pour faire en sorte que ce soit simple pour les bénéficiaires », insiste Cindy Ailloud.
Travail de reconversion
Pour illustrer son travail, Cindy Ailloud partage l'histoire d'un accompagnement au long cours. En janvier 2025, elle reçoit une ingénieure dans le secteur pharmaceutique, la quarantaine, en arrêt de travail depuis plusieurs mois pour usure professionnelle. Elle ne se projette plus dans son entreprise et a une idée de reconversion : devenir psychomotricienne.
L'accompagnement débute, l'ingénieure multiplie les enquêtes métiers et les immersions, qui confirment son intérêt pour ce nouveau projet, un métier qui « a du sens pour elle. » Pourtant, des doutes importants subsistent. « Elle me parle de la question de la souffrance à laquelle elle n'est pas sûre d'arriver à faire face une fois en poste, et aussi de la formation qui lui parait intense. »
Lever les doutes
Malgré ces craintes, le projet avance. Un dossier de candidature est préparé, des scénarios de transition sont élaborés et les planètes semblent s'aligner : acceptée à l'école, elle obtient un accord de GEPP [ 1 ]Gestion des emplois et des parcours professionnels. de son entreprise, pour un financement de 36 mois, et l'école accepte même de reporter sa rentrée. Scénario idéal ? Ce n'est pas encore tout à fait l'avis de la bénéficiaire : « maintenant que je suis prise, qu'est-ce que je fais ? »
Devant ces freins psychologiques profonds, l'accompagnement change de nature et se concentre sur la levée des barrières. La future stagiaire rencontre d'autres stagiaires pour se projeter concrètement dans la formation. Elle prend conscience qu'elle aura une liberté dans sa posture professionnelle, ce qui lève progressivement ses peurs. Un plan B est même construit pour la rassurer, plan qu'elle n'investiguera finalement que très peu. C'est ce travail de réassurance et de projection qui lui permet de passer le cap. En mars 2026, elle confirme son inscription.
Pour Cindy Ailloud, le cœur de cet accompagnement aura été de « tourner vraiment autour de la levée des freins, avec beaucoup de réassurance et de projections pour lui permettre d'avancer plus sereinement. » Se confirme ici que les questions d'accès à l'emploi ne peuvent faire l'économie d'une réflexion sur le travail.
- Avenir Actifs Auvergne-Rhône-Alpes : ara.avenir-actifs.org/
Notes
| 1. | ↑ | Gestion des emplois et des parcours professionnels. |


