Comment inciter les très petites entreprises à recourir à la formation en situation de travail? (étude Opco EP)

L’Opco EP (entreprises de proximité) expérimente actuellement des formations en situation de travail dans des TPE de la boucherie et dans des cabinets dentaires. Une condition de réussite est que le formateur expert demeure en dehors du lieu de travail en laissant le professionnel en tête-à-tête avec son apprenant Cette expérimentation a été présentée devant l’Université ouverte des compétences.

Par - Le 05 octobre 2021.

Catherine Bissey, directrice R&D (recherche et développement) au sein de l’Opco EP, a restitué les premiers résultats d’une expérimentation de formation en situation de travail (fest) dans des très petites entreprises, devant l’Université ouverte des compétences, mardi 28 septembre. La loi avenir professionnel de 2018 a donné un cadre légal à l’action de formation en situation de travail (afest), « mais peu de TPE s’en sont emparées », constate Catherine Bissey. Une situation qu’elle explique par une raison historique : la loi de 1971 dispose que la formation est dispensée dans un lieu distinct du lieu de travail. Et par des causes conjoncturelles : le covid ; un faible niveau d’information des TPE, qui représentent un marché difficile à appréhender pour les cabinets de conseil ; une ingénierie lourde à déployer par des TPE (très petites entreprises, moins de 10 salariés).

Pas de formateur sur le lieu de travail

Au contact du terrain, Catherine Bissey s’est en outre forgée la conviction que pour intéresser à la fest des TPE rétives à la complexité, « les acteurs de la formation doivent rester en dehors du lieu de travail ». C’est pourquoi, dans son dispositif, le professionnel forme seul son apprenant. Il dispose toutefois d’un livret d’une vingtaine de pages dont la moitié consacrée à sa posture de pédagogue. Le livret lui-même a été construit par des experts en formation. Ce qui fait dire à Catherine Bissey que les formateurs ne sont pas absents du dispositif mais « à la marge » ; ils « construisent le cadre ». A charge pour le professionnel de s’en saisir.

Démarrée en 2019, l’expérimentation, qui se termine fin 2021, concerne pour l’heure des cabinets dentaires et des artisans de l’alimentation de détail de la région parisienne, plus précisément des bouchers. Comme beaucoup des 402 000 entreprises couvertes par l’Opco EP, il s’agit de TPE employant moins de six salariés. Les experts de l’Opco EP ont identifié un parcours de cinq situations de travail porteuses d’apprentissages : le nettoyage du laboratoire ; la préparation du poste de travail ; la réception des matières premières ; la préparation du produit en laboratoire ; la préparation du produit en présence du client. Chacune de ces situations suppose des pré-requis. La connaissance de ces pré-requis par l’apprenant est vérifiée par un questionnaire « facile et ludique » sur smartphone. L’idée étant que les actions soient tracées afin de laisser des preuves des acquis.

Résultats encourageants

De ces expérimentations Catherine Bissey, qui a elle-même rencontré deux bouchers et un dentiste, tire plusieurs enseignements. Un boucher, qui a formé une de ses collaboratrices au mois de septembre dans le cadre du dispositif, confirme qu’il « ne veut pas d’un intervenant extérieur », relate Catherine Bissey. Il a apprécié de « prendre du temps pour poser les problématiques » d’apprentissage de son métier. Il s’est approprié le parcours de l’Opco en n’en respectant pas l’ordre : « Il a commencé par une préparation devant le client parce que c’est plus impliquant » pour l’apprenant. Un résultat que Catherine Bissey juge « encourageant ». Le dispositif devrait être déployé pour les apprentis assistant dentaire.

Lire Inffo formation 1015 – 1er septembre 2021 : « L’Afest à l’épreuve du réel ».

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