Mettre les situations de travail au cœur de l’organisation de l’alternance (Biennale de l’Education)

Comment former et apprendre à partir des situations de travail ? s’interrogeaient les intervenants du colloque du CCA-BTP organisé jeudi 23 septembre lors de la biennale de l’Education. Anne-Lise Ulmann, maîtresse de conférences en Sciences de l’Education au Cnam a appelé à dépasser la logique séparatiste formation/travail, « même si la formation n’est pas le travail, il faut voir ce qui les relie ».

Par - Le 28 septembre 2021.

Car elle a estimé nécessaire de « penser la formation sans la dissocier des systèmes d’organisation où elle se met en œuvre ». Mais cette posture demande au formateur de « renoncer au pouvoir du sachant ». Ainsi, la chercheuse a montré l’opposition entre « la compétence comme doxa ou comme praxis ». Lorsque l’on considère la compétence comme doxa, « on ne fait apprendre que ce qui est suffisant pour faire le travail. L’apprentissage vise à atteindre des comportements attendus et conformes ». Le formateur est le sachant, qui distille ses connaissances à des apprenants traités tous à la même enseigne. A contrario, la compétence comme praxis est « une manière d’intégrer une certaine complexité, notamment le fait que le travail ne se réduit pas à une fiche de poste et aux procédures développées. » Cela nécessite de « prendre en compte les expériences des apprenants, d’où ils tirent des compétences » mais « met le formateur dans l’inconfort » puisqu’il ne peut plus dès lors former tout le monde de la même manière.

Besoins des entreprises

Pour Emmanuelle Begon, coordinatrice de la Maison de la formation en situation de travail, ce type de formation répond à l’enjeu de l’accès à tous, même dans les petites entreprises, qui rechignent davantage à voir leurs salariés s’absenter. « Nous concevons une montée en compétence qui répond aux besoins des entreprises, qui n’est pas individuelle mais organisationnelle. » L’apprenant gagne des compétences mais celles-ci ont été identifiées auparavant comme stratégiques dans l’entreprise.

Dans le cadre de la formation en situation de travail, « les outils sont moins normatifs, il y a un dialogue autour de ce qui est nécessaire d’acquérir pour atteindre un travail de qualité ». Ce qui permet de prendre en compte la complexité, les interactions, les problèmes rencontrés, pour penser le parcours de formation.

Partir du concret

Pascal Miché, responsable du pôle ingénierie et innovation pédagogique au CCA-BTP a présenté la démarche « Séquence pro », qui vise à amener des formateurs en entreprise pour concevoir des séquences d’apprentissage en CFA (centre de formation d’apprentis) fondées sur des situations réelles. L’objectif est de tirer des apprentissages en partant d’une situation concrète ayant du sens pour l’apprenti, qui l’a déjà vécu en entreprise. Viviane Gonzalo est formatrice en mathématiques au CFA de Toulouse. Elle a expliqué l’importance, quand on porte un enseignement général en CFA, « de travailler en collaboration avec les ateliers pour ne pas reproduire un parcours « classique », qui ne leur a souvent pas convenu ». Pour construire son apprentissage, elle s’est déplacée en entreprise pour voir comment les jeunes travaillaient « et créer une caisse à outil mathématique qui va leur servir » dans leur formation d’électricien. « Il faut partir du concret et décomposer l’ensemble d’une situation de travail réel pour construire des savoirs mathématiques et leur donner du sens ».

Applications dans les pratiques professionnelles

En conclusion, Stéphane Rémy, sous-directeur des politiques de formation et du contrôle à la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle, a rappelé que le cadre juridique avait évolué sur la définition de l’action de formation. « Nous avions auparavant un cadre très formel et enfermant », mais son évolution l’a ouvert aux Afest (action de formation en situation de travail). Toutefois, « il manque encore des applications dans les pratiques professionnelles ».

Centre Inffo vous conseille également