Jean-Luc Magdeleine, un témoin contre l’illettrisme

Il faut du courage pour témoigner. Parler de son parcours à un inconnu, l’exposer à des lecteurs, c’est s’exposer au risque d’un jugement. Mais c’est aussi prendre la parole pour ne plus subir. Et redonner de l’espoir. Exemple avec Jean-Luc Magdeleine, ambassadeur 2019 des Journées nationales de lutte contre l’illettrisme.

Par - Le 13 décembre 2019.

À 57 ans, Jean-Luc Magdeleine a relevé la tête. Non, il ne se sent pas responsable d’être venu au monde dans une famille marquée par la violence. Oui, cette violence a fait son œuvre. « Quand l’amour de vos parents a manqué, quand vous multipliez les placements, il devient difficile d’apprendre. » Le résultat ? Une destruction psychologique, l’apparition du bégaiement, une scolarisation malgré tout effective, l’apprentissage d’un métier et, au bout du compte, l’écrit, la lecture et le calcul qui résistent à toute maîtrise.

La vie camouflée

Peintre en bâtiment dès ses 18 ans, Jean-Luc Magdeleine va multiplier les métiers et les expériences professionnelles, avec un art consommé du camouflage. L’adresse des chantiers à la main pour demander son chemin dans la rue. Le billet de 10 euros ou les bonbons glissés dans la poche du collègue pour qu’il la ferme. Le dépassement des objectifs pour ne pas attirer l’attention. La démission à chaque promotion par crainte d’être découvert. L’isolement social pour ne pas répondre à certaines questions. Le casse-tête de l’aide aux devoirs. Et, finalement, l’épuisement devant tant de stratégies d’évitement. « Un jour, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’allais dans ma voiture et j’essayais de lire des journaux ou des livres d’enfant, toujours la même page. Petit à petit, j’ai réussi à apprendre, mais l’écrit, je n’y arrive pas… »

Faire face

Pour s’en sortir, Jean-Luc Magdeleine évoque une succession de déclics. Le premier aura été le sport, embrassé à pleines foulées pour montrer au mépris d’un grand frère qu’il en était, lui aussi, capable. Le second, une formation qu’il présente comme de « rattrapage scolaire, parce que je suis, comment dire, le mot, c’est…, illettré, voilà. » Et enfin, « la cerise sur le gâteau », c’est quand une équipe de l’ANLCI [ 1 ]Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. est venue recueillir son témoignage : « un soulagement énorme, j’ai tout déballé, on est pas coupables d’être illettrés ! » Aujourd’hui maraîcher à mi-temps dans une entreprise d’insertion, il se fait un devoir de soutenir ses pairs, « encore malheureusement trop nombreux ». Son conseil ? Tourner le dos aux moqueries, mettre de côté sa honte et se faire aider.

Tellement heureux d’avoir fendu l’armure, lui rêve désormais collectif. « Ce qui me ferait vraiment plaisir ? J’aimerais tant que soit organisé un grand rassemblement avec des gens dans mon cas, venus de partout, pour partager nos problèmes, nos échecs et nos réussites ; un week-end festif pour se dévoiler et s’entraider, une ou deux fois par an, ce serait vraiment un beau cadeau de Noël ! »

Notes   [ + ]

1. Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.

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