Trois scénarios envisagés quant à l’avenir de l’apprentissage en Europe (colloque Cedefop/OCDE)

Une étude présentée au symposium Cedefop/OCDE « The next steps for apprenticeship » le 7 octobre prévoit trois scénarios d’évolution de l’apprentissage en Europe. Les entreprises pourraient l’envisager en tant que “ marque ” (brand), “ label ” ou pratiquer un “ faux ” apprentissage ( fake).

Par - Le 15 octobre 2019.

Selon une étude dont les résultats ont été présentés à l’occasion d’un colloque organisé par le Cedefop [ 1 ]Centre européen pour le développement de la formation professionnelle et l’OCDE [ 2 ]Organisation de coopération et de développement économiques, l’apprentissage en Europe – et plus largement, l’alternance et les formations en situation de travail – pourrait, à moyen terme, évoluer selon trois scénarios différents : l’apprentissage envisagé par les entreprises comme une “ marque ” (brand), l’apprentissage considéré comme un “ label ” ou le “ faux ” apprentissage ( fake).

Ce colloque, qui s’est tenu le 7 octobre à Paris, a réuni une centaine de personnes autour de la thématique de l’avenir de l’apprentissage, au regard de grandes transformations externes – changements sociodémographiques, développement des nouvelles technologies, nouvelles organisations du travail… – , dans une perspective européenne et mondiale.

Le contenu des échanges a été alimenté par des chercheurs, praticiens et décideurs œuvrant dans le secteurs de la formation professionnelle et de l’apprentissage. En effet, un appel lancé quelques mois auparavant dans le but de recueillir leurs contributions sur le sujet a permis de recueillir une cinquantaine de textes issus de toute l’Europe. Une dizaine d’entre eux ont fait l’objet d’une présentation lors de l’événement.

Quarante études de cas

C’est le cas de l’étude menée par Philipp Grollmann, de l’Institut fédéral pour la formation professionnelle [ 3 ]Bundesinstitut für Berufsbildung, Bonn (BIBB) (Allemagne) et Jörg Markowitsch, fondateur de l’entreprise de conseil 3S. Dans le cadre de leurs travaux, ceux-ci ont entrepris de répondre à plusieurs questions : « Quel statut et quelle forme prendra la formation par apprentissage, et plus généralement, la formation professionnelle en Europe, d’ici 10 ou 20 ans ? Quel rôle joueront les entreprises ? »

Pour ce faire, ils se sont fondés sur de précédents travaux menés par le Cedefop sur les différents systèmes d’alternance européens. Ils ont également procédé à une quarantaine d’études de cas dans sept pays – Allemagne, Corée du Sud, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Portugal, Slovénie – et se sont entretenus avec 18 experts pour identifier la manière dont différentes entreprises mettaient en œuvre les formations en situations de travail.

Différentes logiques

« L’apprentissage en tant que “ marque ” procède d’un engagement à long terme de l’entreprise, qui conçoit la démarche comme un vrai investissement en capital humain. Ainsi, celle-ci mobilise fortement la direction des ressources humaines », indique Philippe Grollmann. « Le contrat vise au développement, par l’apprenant, d’une excellence professionnelle dans le domaines des hautes technologies ou de la relation client », ajoute-t-il. Cette approche de l’apprentissage, qui implique des processus « en partie lents et lourds » s’ancre dans le tripartisme (employeur, centre de formation et apprenti), et poursuit donc avant tout des objectifs éducatifs.

Le “ faux ” apprentissage, de son côté, a pour but une intégration de l’apprenant sur le marché du travail dans l’optique de le rendre opérationnel le plus rapidement possible. Contrairement à l’apprentissage en tant que “ marque ” , il s’agit ainsi pour lui d’ acquérir les compétences basiques nécessaires à la tenue de son poste – les qualifications acquises ayant “ peu de valeur ”. Cette démarche concerne essentiellement des emplois peu qualifiés, et permet notamment à l’employeur de pourvoir ses postes vacants. Généralement présélectionnés par les pouvoirs publics, les candidats sont recrutés en vertu d’une mentalité “ cash and carry ” [ 4 ]En français, libre-service de gros. Technique de vente permettant aux acheteurs – épiciers, restaurateurs… – de se déplacer au point de vente pour retirer des marchandises qu’ils payent comptant et dont il se chargent de l’acheminement. La formation est dispensée par l’entreprise ou par des prestataires.

Une publication en 2020

Entre les deux modèles, l’apprentissage en tant que “ label ”« fait appel à une grande variété d’acteurs en vertu de logiques très diverses » dit Philipp Grollmann. La durée des formations, leur contenu, le statut des apprenants ou les emplois visés peuvent considérablement varier. Il s’agit, pour certains secteurs spécifiques, de bénéficier des opportunités offertes par l’apprentissage – incitations financières, bonne image de cette modalité de formation, retombées positives sur l’image de l’entreprise… Pour chacun des scénarios, les auteurs de l’étude définissent les moteurs de leur développement et leurs implications.

Comme toutes les contributions recueillies à l’occasion de la tenues du colloque, le travail mené par Philipp Grollmann et Jörg Markowitsch devrait être publié sur le site Internet du Cedefop en 2020.

Notes   [ + ]

1. Centre européen pour le développement de la formation professionnelle
2. Organisation de coopération et de développement économiques
3. Bundesinstitut für Berufsbildung, Bonn (BIBB)
4. En français, libre-service de gros. Technique de vente permettant aux acheteurs – épiciers, restaurateurs… – de se déplacer au point de vente pour retirer des marchandises qu’ils payent comptant et dont il se chargent de l’acheminement.
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